Ode à un jeune peintre: Éloi Derôme.

Chronique de Marc Wetzel

Ode à un jeune peintre: Éloi Derôme.



À propos de la série oblongues et des toiles nommées « Traversée » et « Passage ».

(exposition collective : « Unframed Edition 1 », – Le Ballon Rouge, Paris – du 1er au 10 septembre 2016)

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Traversée -Oblongues -La courbure du démiurge, huile sculptée sur toile, Eloi Derôme

Une feuille ne grimpe pas à son arbre,

La brindille ne vole pas jusqu’à son nid,

L’oisillon n’est pas entré dans son œuf

Ils vont ou viennent, autrement et différemment, en empruntant leur voie de monde. Eux aussi.

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La feuille ne choisit pas d’être plate,

La brindille ne se rêvait pas portative,

L’oisillon n’a pas choisi son bec sur catalogue

Ils sont venus à eux-mêmes comme on fait dans la sorte ou l’espèce, revêtus de leur seule forme possible. Eux aussi.

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Traversée-Oblongue-Etude sur la traversée murale-huile sculptée-2014 Eloi Derôme

 

La main du peintre lui est une feuille articulée,

Le nid de sa toile ne craint pas d’être vertical,

Sa « brosse » sort d’un œuf

Sous ses airs nonchalants et limpides, ce peintre est la terrible chiourme du travail de la matière sur elle-même.

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En art, ce n’est pas le vent qui agite branches et feuilles, c’est directement l’arbre,

En art, ce n’est pas l’oiseau qui pond, c’est le nid,

En art, c’est du temps que l’oisillon perce la coquille

Les artistes se feraient attacher au phare pour ne rien céder aux papillons de nuit.

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Éloi Derôme fait du stop sur les plis de la présence,

Éloi Derôme case toutes les formes en une,

Éloi Derôme gratte le mal pour lui couper les vivres

C’est un peintre du Premier Passé, qui aurait lu dans les brouillons (et même les

auto-libelles) de Dieu.

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Pendant qu’un Réchauffement gonfle la mer,

Pendant que le cerveau produit de quoi se voir,

Pendant qu’une caravane d’établissements bancaires désertifie ce qu’elle arpente et foule,

Éloi Derôme se figure cette visite suisse (disons, de 1937) d’Henri Michaux à Paul Klee, et entend comme trinquer leurs sangs chinois.

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Les étages précédant son atelier lui forment volontiers des racines,

Paris a comme dupliqué son réseau métropolitain dans le mince kilo de cervelle de notre peintre,

Son inspiration n’entre et n’avance qu’en s’essuyant les souliers sur les toits

Éloi Derôme est un indécrottable snob de Lutèce.

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L’avantage des gens géniaux, c’est qu’on est bien reçus aussi derrière leurs efforts,

Avec eux, la si lointaine et conflictuelle Genèse a gardé sa température d’ambiance et ses chaise-longues d’origine,

Avec leur esprit toujours à la fois au four et au moulin des choses, on goûte véridiquement à la farine de l’Être

Les assauts d’Éloi Derôme contre le vide nous sont décidément confortables.

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Traversée-Oblongue-Corail, huile sculptée, Eloi Derôme, 2014

Le cadeau de naissance est ici la naissance,

Le pèlerinage chevauche les seules contractions,

Et comme Gaston Lagaffe partait dans la pièce du fond voluptueusement s’assoupir sur les dunes de courrier en retard,

Éloi Derôme monte débiter des anges d’après-Ciel dans le terril de la Création.

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L’humour véritable se prélasse pareillement sous les lits d’amour et d’agonie,

Le courage est le même pour la médaille pendant au cou et le cou pendant à la poutre,

On ferme les yeux dans l’ambroisie qu’on sirote comme dans l’acide qui nous gifle

Mais la sagesse laisse à bon droit passer la lumière qu’elle ne voit pas.

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Comme la préhistoire se cache derrière un paravent qu’elle ignore,

Comme l’histoire se baigne dans son propre sillage,

Comme les trans-humains ne connaîtront l’âge et la mort que dans des vitrines de musées plus profondes qu’eux

Les yeux d’Éloi Derôme font que les mains négatives des parois viennent serrer les nôtres

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Passage- Oblongue-Etude et aveux de reconstruction, huile sculptée, Eloi Derôme, 2014

Chez lui, la prégnance (qui est l’intérêt de percevoir, qui est la stimulante pertinence) ne se confine pas en fétiches ou phobies,

Sa nostalgie ne se regarde jamais le dos,

Éloi Derôme appelle, mobilise et réveille la matière, puis lui peint des yeux :

La voici qui nous voit.

©Marc Wetzel


Visiter le site de l’artiste: ici

Éloi Derôme

Exposition collective : « Unframed Edition 1 », – Le Ballon Rouge, Paris – du 1er au 10 septembre 2016)

 

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