«Traversées» devient éditeur de livres – L’avenir.

Patrice Breno voulait s’inscrire dans la durée. En plus de sa revue, il édite une collection de livres.-EdA

Patrice Breno voulait s’inscrire dans la durée. En plus de sa revue, il édite une collection de livres.-EdA

Article original: «Traversées» devient éditeur de livres – L’avenir.

Réputée depuis 22 ans pour la qualité de ses textes, la revue littéraire «Traversées», éditée à Virton, lance en parallèle une collection de livres.

Elle en a traversé, en vingt-deux ans, des rivières, des fleuves, des mers, des océans de littérature les plus divers: des nouvelles, des poésies, des analyses d’ouvrages, avec une prédilection pour la poésie, cette petite musique de nuit qui donne un souffle et une légèreté supplémentaires aux mots.

Ce jeudi 7 mai à Athus

En vingt-deux ans, la revue «Traversées» dirigée par le Virtonnais Patrice Breno aurait pu se contenter de poursuivre ses publications, ce qu’elle fait avec talent quatre fois par an.

Son dernier numéro d’ailleurs, le 75e , fera l’objet d’une présentation spéciale ce jeudi 7 mai dès 19h à la bibliothèque Hubert Juin à Athus. On y donnera un avant-goût des nouvelles et des poésies venues d’Europe, mais aussi de toute la francophonie à travers le monde.

«Notre comité de lecture est de plus en plus rigoureux et sélectif. Nous recevons des propositions de textes du monde entier», confirme Patrice Breno, le capitaine des «Traversées».

La soirée du jeudi 7 mai à Athus permettra à David Colling, directeur du musée Gaspar à Arlon, de présenter le dossier «Haïkus» qu’il a dirigé pour ce numéro 75 de «Traversées».

Pour ceux qui l’ignoreraient, l’art du haïku japonais, selon la jolie définition de David Colling et Dominique Chipot, est de «figer l’instant en perpétuel mouvement afin de restituer en une fraction de seconde la sensation ressentie».

Deux livres par an

Mais cette soirée spéciale du 7 mai vaudra aussi l’intérêt pour la présentation, par l’écrivain Guy Denis, du premier ouvrage que vient d’éditer la revue Traversées. «Auteurs Autour», un livre signé Paul Mathieu où sont reprises certaines des meilleures critiques littéraires du professeur athusien, fidèle compagnon des Traversées (voir plus bas dans cette page).

Eh oui, la revue se sentait un peu à l’étroit, corsetée, dans son rythme trimestriel. ¨Patrice Breno en atteste, une revue ne peut guère que travailler dans l’éphémère quand un livre s’inscrit, lui, davantage dans la durée. « Par la force des choses, une publication périodique n’a rien de pérenne. Par nature, elle joue dans le provisoire et dans la brièveté du temps qui court», écrit Breno.

D’ où l’appel au large, l’ouverture aux grands espaces de l’imaginaire et de la pensée lancée par cette nouvelle maison d’édition qui va s’appeler «La Croisée des Chemins». Ben oui, comme on traverse, on croise aussi son destin…

Quatre collections aborderont tour à tour la prose, la poésie, les essais et les beaux livres.

«Nous travaillons tous à Traversées dans le bénévolat. Pas question pour nous de concurrencer des éditeurs privés», affirme Patrice Breno. Nous ne sortirons que 2 livres en moyenne par an, au prix de 15€».

Léger et Cornerotteen septembre

Après Paul Mathieu, le 2e livre publié par «La Croisée des chemins» sera, en septembre prochain, un recueil de nouvelles d’Anne Léger – l’amoureuse de la nature à la base du parc naturel de Gaume -, agrémenté de photos de Jacques Cornerotte.

Une agréable surprise printanière que la naissance de cette maison d’édition. En plus à Virton, elle s’inscrit dans la filiation avec la Dryade du regretté Georges Bouillon, dont on s’apprête à célébrer le centenaire de la naissance dans quelques semaines.

Lire aussi : Athus – Un immeuble tout neuf pour la bibliothèque d’Athus (+photos)

 

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

Leigh Ledare, galerie MFC – Michèle Didier, Bruxelles, 2015.

Leigh Ledare & al., Leigh Ledare, WIELS Contemporary Art Centre, Brussels, and Mousse, Milan, 2012, 144 p., 35€.

Les photos de Leigh Ledare possèdent un contenu ouvertement sexuel. L’artiste est célèbre pour les clichés de sa propre mère prises dans des positions subjectives. Certes l’œuvre ne se résume pas à cela. Mais montages, collages, portraits travaillent la même interrogation visant à porter en un « supremus » l’habituelle scène érotique et/ou pornographique dans un irrespect radical.

L’omniprésence de la mère (l’artiste Tina Peterson) n’est pas anecdotique. Reprenant une problématique à la Molinier, les « prises » voyeuristes de la mère sentent le souffre en un travail (« Pretend You’re Actually Alive ») qui « couvre » une période de 8 ans. On voit Tina prenant du plaisir seule ou accompagnée. Les photos sont accompagnées des notes tapées à la machine à écrire ou manuscrite, des pages de magazines qui encadrent le propos du créateur.

Leigh Ledare affirme que l’idée de la série vient de sa mère. Elle voulait voir comment elle apparaissait dans le cadre photographique. Ce face à face reste passionnant puisqu’il frôle une sorte d’inceste puisque celle qui représente la maternité s’offre totalement devant son fils à des inconnus trouvés sur des magazines de petites annonces. Si le nu est dominant la crudité est souvent évacuée au profit d’émotions touchantes. Leigh Ledare néanmoins cherche à cultiver le malaise même si le voyeurisme laisse place à une analyse des relations entre les êtres.

L’ex-femme de l’artiste (Meghan) pose également sur de multiples photographies qui forment le projet Double Bind. Dans cette série, Leigh Ledare a passé trois jours dans la forêt en compagnie de son ex-épouse à la photographier, puis il a demandé au nouveau mari (Adam) de celle-ci le même travail. Sur les clichés, au contour noir pour celles prises par Leigh Ledare et blanc pour celles de Adam Fedderly, l’épouse et ex-épouse apparait tantôt parfois aimante parfois effrontée.

Là encore il s’agit de témoigner des relations entre les êtres leit-motives de son œuvre. Pour Personnal Commissions (2008), il répondit à des annonces de femmes au foyer recherchant des relations sexuelles tarifées et auxquelles il demanda de le prendre en photo. Larry Clark n’est pas loin. Pour Collector’s Commissions, l’artiste demande à des collectionneurs de le photographier, au milieu d’objets de leur choix. Le photographe apparaît alors dans les mêmes positions que celles dans lesquelles sa mère apparaissait. Ajoutons que le photographe modifie le regard des interventions « intempestives sur ses photos originales : il a d’ailleurs fait scandale en proposant à une fillette de 5 ans de griffonner une photo où la mère prend la pause de « L’Origine du monde » de Courbet. Ce qui lui attira certains ennuis. La morale mettant son nez là où pourtant elle n’a rien à y faire.

Leigh Ledare ne cesse toutefois de s’interroger sur la relation au modèle. Comme par exemple dans « Double Bind » édité par la galerie bruxelloise. Mais dans son travail la mise en scène d’un modèle échappe au seul imaginaire de l’artiste. Devant un tel face à face et même si celui qui est derrière l’objectif semble le maître, la question se pose de savoir qui est maître et serviteur. De « victime » potentielle le modèle se fait acteur ou actrice. Leigh Ledare pousse vers les plus extrêmes conséquences ce qui fait spectacle dans ce face à face. Faut-il alors le préciser : celui-ci n’est en aucun cas le fonds de commerce de l’artiste mais le « prétexte » majeur afin de percer les rouages les plus exacerbés de la machine humaine dans sa relation à l’Autre.

©Jean-Paul Gavard-Perret

AUTRES COURANTS : Les vertiges électriques de l’indicible

Originally posted on Lectures au Coeur:

♥♥♥♥

Poésie

Philippe Jaffeux

Paru en janvier 2015 à l’Atelier de l’agneau, Collection Aphoris, 77 pages

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Philippe Jaffeux, Autres courants © Atelier de l’agneau éditeur, Collection Aphoris, 2015

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SI VOUS AIMEZ la foudre, l’électricité et le charme austère de l’activité cérébrale quand elle est pointée sur l’écran lumineux d’un ordinateur, si vous aimez les mots plus que la direction qu’ils prennent, si vous aimez la poésie quand elle achoppe sur le sens et qu’elle explore de nouveaux territoires sensibles, alors vous aimerez sans doute Autres courants de Philippe Jaffeux.

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ATELIER DE L’AGNEAU éditeur

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LE RESUME

       » Autres courants reflète le canevas du livre précédent Courants blancs : 1820 phrases qui peuvent être lues au hasard sont disposées par séries de 26 sur 70 pages. Chacune de ces «pensées imaginatives» (F. Favretto) se retourne sur elle-même afin de révéler une contradiction électrisante. Un mouvement…

Voir l'original 650 mots de plus

Lectures d’avril 2015 —Patrick Joquel

Lectures d’avril 2015
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

 

 

Poésie
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Titre : Comment tu vas le monde ?
Auteur Claude Burneau
Illustrations : Lisa Launay
Éditeur : Gros Textes
Année de parution : 2015

Le poème ne parle pas forcément, ni toujours, du joli arc-en-ciel qui court d’une rose à une autre, non. Le poème parle aussi et surtout du reste. De ce qui interpelle. De ce qui fâche. De ce qui révolte. Des poèmes qui disent le réel et qui en dénoncent les inhumanités. Des poèmes qui battent avec le cœur des hommes. Des poèmes dont un jeune lecteur pourra s’emparer aussi facilement qu’un adulte.
Un livre noir et pessimiste alors et qu’on lirait avec un mouchoir ? Non. L’humour, même noir, est plus corrosif que tous les apitoiements, plus positif puisqu’il ouvre un espoir. L’espoir de cerveaux qui pétillent et qui inventent des jours plus humains, plus tendres. Avec des touches de couleurs dans la grisaille. Touches joyeuses que l’on suit dans les illustrations et qui résonnent avec l’éclat d’un sourire d’enfant.
Demeurons du côté des couleurs et mettons-en à nos sourires malicieux.

Ne crains pas le silence
Il est plein du babil des grillons
D’un envol de pigeons
D’un mulot qui s’enfuit
De guêpes dans des fruits
D’un tracteur dans un champ
Des caprices du vent
D’un ruisseau qui s’entête
De mille vies discrètes.
Ne crains pas le silence.
Habite-le.

Tu prends une chemise
Mille chemises
Un million de chemises
À la sortie de l’atelier de confection
Quelque part en Asie
Tu les places dans un conteneur
Douane. Vérification.
Expédition. Transport. Réception.
Aucun problème.
Tu prends un homme
Un seul
Pas mille pas un million
À la sortie de l’atelier de confection
Quelque part en Asie
Tu le places dans la chemise
Douane. Vérification.
Interdiction.
Qui est le problème ?

http://grostextes.over-blog.com/index.php?ref_site=1&ref=299961&module=blog&action=default:home

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Titre : sacrés
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Images : Pierre Rosin
Éditeur : La Lune Bleue
Année de parution : 2015

Un petit livre en huit poèmes et cinq dessins tiré à 50 exemplaires. Autant dire que la hâte est de rigueur. Les poèmes aussi. Huit arbres sur du papier. Un petit jardin qui ressemble bien à celui du poète. Ses amis de bois, de feuilles et de lumière ; de graines aussi. Chacun a sa vie, ses souvenirs, sa présence. On entre ainsi dans le mystère de l’arbre et dans celui de l’amitié. Le graphisme et les couleurs accompagnent le silence.

http://biloba.over-blog.com/

Un des huit et pas tout à fait au hasard :

J’ai trois ginkgos dans mon jardin
Le premier quelle allure
se prend pour une éolienne
Le second rêve encore de côte d’azur
Le dernier sort de l’imprimerie
l’encre est à peine sèche

Tous les trois se souviennent
du temps des dinosaures
et des nuages du Japon

Quand l’automne arrive
ils mettent leur robe de lune
et c’est plus fort qu’eux
ils prennent toute la lumière
JCT

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Titre : La feuillée des mots
Auteur Georges Cathalo
Éditeur : Éditions Henry 2014
Année de parution : 2014
Georges Cathalo poursuit son exploration de la cause poésie. Ici, il s’interroge sur les poètes, chaque poème est dédié à un poète ; sur les mots et bien sûr, marque de fabrique, l’engagement.
Loin des clichés Baudelairien, Rimbaldien et loin du jardin des roses, le poète échappe à tout convenu.
Le poème n’est pas une formule magique, quoique… mais le poète témoigne, invente.
Si le poète est souvent impuissant devant le monde, il demeure porteur d’espoir… et le poème demeure prêt à servir. Le mot résiste, posé sur la page close du livre. Prêt à l’emploi.
Mais point de cocorico, de drapeau ni de clairon :
Ne nous y trompons pas
un poème
ne sera jamais qu’un poème

un instant suspendu entre ciel et terre, entre deux eaux, entre toi et moi…

ils se cachent les mots
les uns plus pressés que les autres
se bousculent un moment
s’arrêtent et se réchauffent

traces de métaphores
ombres portées de nos errances
empreintes devinées effacées

ainsi comme toujours
le poème s’apprendra mot à mot
au-dessus du vide


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Titre : Les sons de l’air en colère
Auteur Mylène Joubert
Éditeur : Gros Textes
Année de parution : 2014

Dedans. Dehors. le temps. Le temps qu’il fait autant que le temps qui passe. Un temps plus ou moins variable selon les masses d’air, selon l’humeur intérieure et ses flots de souvenirs, de désirs. Et la fenêtre comme une ouverture, un sas, une passerelle vers le monde, vers l’autre. Ce monde qu’on voit, qu’on ressent, qui vibre et avec lequel on vibre. L’autre, celui qui passe, les autres passants et leur image fugace, un instant de leur vie partagée ; on imagine, on apprécie. On est vivant. On est quelqu’un. On est fragile.
C’est la thématique du second texte de ce recueil qui en comporte donc deux : quelque part quelqu’un est fragile. Où est la fragilité ? en soi ? dans un lieu ? entre les deux ?
Un livre qui oscille ainsi entre brume et soleil, gris et bleu, ici ou là-bas. Cette vibration est poésie.

https://sites.google.com/site/grostextes/

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Titre : Poèmes pour Robinson
Auteur : Guy Allix
Illustrateur : Alberto Cuadros
Éditeur : Soc et Foc
Année de parution : 2015

Un recueil de poèmes sur l’absent. Le lointain. Le jamais vu, jamais entendu. Le pourtant si proche. L’absent est ici Robinson, un petit garçon qui vit l’autre bout du monde. Pas de contact entre le grand-père et le petit fils. Juste des poèmes. Des poèmes qui jalonnent les premiers pas, premières années de cette jeune vie. qui balisent un itinéraire que le grand-père suit à tâtons. Beaucoup d’émotions donc dans ces poèmes. Beaucoup de couleurs dans les illustrations. Un feu d’artifice. Des jubilations enfantines. Un livre joyeux finalement. Un livre dont le cœur bat au rythme des solitudes.

http://www.soc-et-foc.com
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Titre : Traversée des silences
Auteur : Jackie Plaetevoet
Illustrations de Gaëlle Guibourgé
Éditeur : Gros Textes
Année de parution : 2014

Écrire en chemin, en marchant, voilà une piste d’écriture que j’aime et pratique. Dès le départ, la connivence entre marcheurs, arpenteurs d’espace. On retrouve ici les dynamiques de Bashô, de François d’Assise et bien d’autres encore comme Joël Vernet et Christian Bobin dont Jackie s’entoure pour son périple vers Compostelle : saisir l’instant propice, mais sans le haïku. Pas de long déroulé de pas non plus. ce qui se joue ici ce sont de courts textes, parfois très courts, mais qui saisissent l’instant et la méditation de l’instant. L’éclair rapide du silence quand il traverse le bruissement du monde : un chant de fauvette, un lis martagon, un espace, une rencontre… Un clin d’œil de papillon.
Lire cette traversée comme un voyage entre ses propres instants d’éternité glanés au fil de ses cheminements et ceux de l’auteur, on se sent comme un éclaireur funambule et joyeux, un éclairé aussi. Une multiple invitation : souviens-toi de tes fragments, regarde les miens et surtout ouvre-toi à nouveau au présent. Que ton pas soit fondateur.

http://grostextes.over-blog.com/

Quelques extraits :
Nasbinals :
Rendre la mémoire au silence.

Conques : Il y a des miracles qui naissent puis meurent dans un parfait silence.

Saint Félix :
Un minuscule roitelet égraine son babillage depuis un fourré voisin. Je m’arrête, respire ses petites notes flûtées. Le cherchant longuement avant de renoncer, déçue de sa fuite devant la menace de mon humanité.
Sur le fond, il a eu tout à fait raison.

Varaire :
Sur le chemin, mon seul souci est d’écouter ce que le silence a à me dire.

Lauzerte :
Au détour d’un sous-bois bordé de taillis clairsemés, j’ai croisé vers quinée heures, une fauvette espiègle. Immobile, j’ai épié pendant cinq bonnes minutes la clandestine entre les rameaux. Enfin tenue dans la lunette de mon œil gauche. Attrapée la fauvette. Petit oiseau de rien au chant miraculeux. Celle-ci m’a donné en l’espace de quelques secondes, un récital de prestige qui résonne depuis au cœur de n’importe quel silence.

Moissac :
Il y aurait une fenêtre et un arbre devant qui frémit sous la brise. Rien d’autre. Ce serait suffisant.

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Romans
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Titre : L’homme-qui-dessine
Auteur : Benoît Séverac
Éditeur : Syros
Année de parution : 2014

Mas d’Azil. 30 000 ans auparavant… La rencontre entre une tribu de sapiens sapiens et un néandertalien. Sur fond d’enquête policière on dirait de nos jours : chercher qui est le criminel ? Et pourquoi ?
Sur cette trame on entre dans une histoire d’hommes. Avec leurs émotions, leurs questionnements… Leurs positionnements sociaux… Et le difficile dialogue entre les différences… Rien de nouveau sous le soleil. Les racismes changent de cible mais demeurent. Bien sûr, ceux qui tentent de concilier, d’aller de l’avant vers un monde plus humain sont là, bien présents. C’est ainsi que le monde avance.
Nous sommes leurs héritiers, l’homme d’Europe possède un petit pourcentage de gènes néandertaliens, ne l’oublions pas.
Quand j’ai fermé ce livre, je suis resté longtemps en présence des personnages. A dialoguer avec eux. Un livre que je n’oublierai pas de sitôt.

http://www.syros.fr/index.php?option=com_catalogue&page=ouvrage¶m_y=F_ean13&value_y=9782748514445&retour=0&espace=0&Itemid=2

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Titre : Là où naissent les nuages
Auteur Annelise Heurtier
Éditeur : Casterman
Année de parution : 2014

Besoin ou envie de remettre ses pendules à l’heure, voici un livre. Un livre surprenant. Résultat : je l’ai lu d’une traite avec sourire et émotion. Une jeune fille de seize ans écrit son mois d’humanitaire en Mongolie. Elle l’écrit à son retour pour ne rien oublier, pour mettre de l’ordre dans sa tête après une telle aventure, un tel choc culturel. Passer des beaux quartiers parisiens aux rues d’Oulan Bator, ça dépayse et c’est autre chose que de glisser un chèque dans une enveloppe. Ça fait maigrir aussi et le changement physique accompagne le changement intérieur, forcément : ce n’est pas tout à fait la même fille qui revient.
Des passages surprenants, comme cette rencontre amoureuse… Je n’en dirai pas plus. Des instants d’humanité profonde, où chacun est à vif et entier. Du paysage aussi bien urbain que steppe et yourtes.
Excellent récit initiatique.

http://jeunesse.casterman.com/albums_detail.cfm?Id=45568

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Titre : Angel l’Indien blanc
Auteur François Place
Éditeur : Casterman
Année de parution : 2014

Magnifique roman. J’ai toujours pensé que le songe devance et invente le réel, François Place joue ici sur ce thème avec son humour, sa grâce et son imagination légendaires. De l’humain aussi. Et de cette humanité capable de dépasser les frontières, les castes, les règles sociales. L’Indien fabrique sa propre liberté comme sa mère (esclave) le lui avait appris en lui donnant sa langue maternelle en héritage. Il la fabrique en sachant écouter, observer, donner ; en osant être lui-même. Chaque jour il se dépasse, il va plus loin ; c’est un de ses sauteurs d’horizon comme j’aime.
Récit de voyage, récit initiatique, récit rêveur : laissez-vous embarquer et envolez-vous.

http://www.francois-place.fr/portfolio-item/angel-lindien-blanc/

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Titre : Tant que nous sommes vivant
Auteur Anne-Laure Bondoux
Éditeur : Gallimard
Année de parution : 2014

Un livre en plusieurs étapes. Plusieurs vies. Celles des héros et de leur fille. Sous fond de crise économique, puis de guerre… Un couple, un amour irrésistible et fort ; qui résiste à tout longtemps parce que vivants ! De l’invention du bonheur quotidien à la quête de l’identité, le lecteur les suit sans lâcher le livre ; rebondissant d’une partie à l’autre… Prenant !
Une histoire invraisemblable et pourtant si proche de notre réel ; comme si l’un créait l’autre et réciproquement. Oui Envoûtant.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Grand-format-litterature/Romans-Ado/Tant-que-nous-sommes-vivants

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Titre : 20 pieds sous terre
Auteur Charlotte Erlih
Éditeur : Actes Sud
Année de parution : 2014

Une plongée dans le monde des taggers du métro parisien. Plusieurs thématiques contemporaines se croisent dans cette enquête que mène une jeune fille. Une enquête qui lui montrera que les gens ne sont pas toujours ce qu’on croit, ni ce qu’ils montrent. Une quête de l’être derrière le paraître et les conventions sociales. Elle arrivera au bout décapée mais aussi en paix avec elle-même.

http://www.actes-sud.fr/catalogue/jeunesse/20-pieds-sous-terre

 

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Titre : Monde sans oiseaux
Auteur Karin Serres
Éditeur : Stock
Année de parution : 2013

Tout fond. Les eaux montent. On vit au bord et sur des lacs. Dans des maisons sur roues qu’on déplace au fil de la montée…
Il existe un village un peu reculé, que les touristes citadins viennent visiter…
Il existe dans ce village des humains, comme vous et moi. Avec leurs histoires de famille, leurs histoires d’amour, leurs joies et leurs peines. La narratrice raconte sa vie. des bribes. Des souvenirs. Comme autant de petites lumières. La vie, comme une guirlande.
C’est un monde sans oiseaux. Sans oiseaux mais avec des cochons fluorescents qui clignotent avant de s’éteindre.
Un livre comme un chuchotement. Une plongée à l’intérieur d’une petite boite d’os. Un livre comme une sœur.

http://www.editions-stock.fr/monde-sans-oiseaux-9782234073951

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Titre : virus 57
Auteurs : Christopha Lambert et San Vas Steen
Éditeur : Syros
Année de parution : 2014

L’humanité sera détruite par un virus, voilà le fond de ce livre. Tout le reste : nucléaire, réchauffement climatique, guerre… ne sont pas assez puissants, assez retors pour réussir.
Un livre plein de rebondissements et de surprises. Une traque, plusieurs traques en fait. Beaucoup d’improbables en chemin et pourtant ça tient, bien ficelé.
Un bon moment de lecture !

http://www.syros.fr/index.php?option=com_catalogue&page=recherche&Itemid=21

©Patrick Joquel
http://www.patrick-joquel.com

Thomas Lerooy, « GLASSTRESS 2015 », Galerie Rodolphe Jansen Bruxelles et 56ème Biennale de Venise. De Thomas Lerooy, “Bittersweet”, Hatje Cantz, 136 pages

Chronique de Jean-Paul GAVARD-PERRET

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Thomas Lerooy, « GLASSTRESS 2015 », Galerie Rodolphe Jansen Bruxelles et 56ème Biennale de Venise. De Thomas Lerooy, “Bittersweet”, Hatje Cantz, 136 pages

L’œuvre du peintre Belge Thomas Lerooy est une résistance à tous les enfermements et les captures. Elle ne cesse d’ouvrir les champs des possibles dans un esprit aussi classique que néopunk. Les hybridations transforment les vanités classiques en monstres opérationnels. Des orbites des crânes coulent des pampres et ceux-là deviennent des cornes d’abondance. S’y traduit le mélange des genres au sein de morceaux décomposés, renoués, tordus, enchevêtrés au sein d’anamorphoses inédites.

En ce sens l’artiste est dans la parfait ligné des démiurges belges. Il réinvente des hauts lieux de l’imaginaire qui perce le réel déploie l’effacement de tout but. L’art se réinvente non sans arrachement et/ou harnachements guerriers. La puissance poétique fascinante vient de tels rébus et leur fantaisie. Il y a là pourtant un véritable retour au tragique. Mais selon une ironie et une virtuosité exceptionnelle. Reprenant ce sentiment là où l’avait laissé un Beckett ou un Michaux en littérature, un Plensa ou un Delvoye en art ? l’artiste belge le fait resurgir de manière volcanique, ample et dérisoire au sein de farces graphiques. Un tel travail est aussi inquiétant et drôle que sublime. Une nouvelle aventure plastique commence là où tout reste en vibration, commotion, chocs, braises dans l’éclat des jours comme dans l’obscur, brandons magiques pour la scarification des ciels.

La plupart du temps pour ses dessins – mais aussi pour des œuvres en 3 D –  le peintre et sculpteur utilise de vieilles pages de magazines et de catalogues. A partir de ses segments il crée des œuvres impressionnantes. Le papier est découpé et sur une base : « on peut les voir comme de vieux sols en bois, un parquet fait de lattes » précise le créateur. Sortant ainsi de la peur de la page ou du support blanc il propose un travail d’une maturité rare qui le ferait passer pour un vieux maître. Il invente un nouveau monde baroque empli autant des stigmates de la mort que de la vie.

©Jean-Paul GAVARD-PERRET