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Patrice BRENO
Revue Traversées
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Les désengagés, Frédéric Vitoux de l’Académie française ; Fayard Roman (285 pages – 20€)

Chronique de Nadine Doyen71cF+rmUNJL

  • Les désengagés, Frédéric Vitoux de l’Académie française ; Fayard Roman (285 pages – 20€)

Frédéric Vitoux nous convie à une nouvelle déambulation dans son décor familier de l’île Saint-Louis. C’est au siège des Ėditions de l’Abbaye, que ses personnages vont se croiser, se côtoyer, se sonder, se séduire. Pierre, le narrateur, double de l’auteur, nous plonge dans les coulisses du milieu de l’édition. Au début de la chaîne, la directrice littéraire, Marie-Thérèse, lit des manuscrits, débusque des pépites, assure la promotion auprès des représentants. On perçoit l’effervescence qui règne, à la veille d’une publication, parmi le personnel, le doute qui habite Octave, jeune écrivain néophyte de 21 ans, ainsi que l’inquiétude du patron, Robert Le Chesneau, car la fièvre a gagné la Sorbonne. Le déclin de la littérature aurait-il sonné ?

Le récit qui débute en octobre 67 atteint son crescendo en mai 68, après les rumeurs et frémissements de mars. Ceux qui ont suivi les événements, branchés à la radio, se souviennent de la présence de Cohn Bendit à Nanterre, des « nuits d’émeute du Panthéon, des heurts avec la police, des voitures renversées… ». Même si le calme règne dans l’île Saint-Louis, les barricades, les révoltes d’étudiants et échauffourées, les grèves, les reportages télévisés ont de quoi inquiéter.

Les livres dont la sortie est prévue en mai, en pleine agitation ne risquent-ils pas d’être éclipsés par l’actualité ? Pas de session de rattrapage envisageable.

Le Quarante et Unième Mouton d’Octave, si prometteur sera-t-il remarqué ?

Curieuse coïncidence avec les livres de la rentrée de janvier 2015 dont certains auront, nul doute, subi « des dommages collatéraux », le sort des invendus retournés.

Frédéric Vitoux nous offre une galerie de personnages, aux portraits très fouillés, croqués dans les moindres détails. Leurs tenues vestimentaires reflètent la mode de l’époque : «  twin set., tailleur, collier de perles… », tout comme leurs moyens de déplacement (solex, Coccinelle, DS, R16). Le récit se déroule comme un film avec une succession de séquences faciles à visualiser, certaines très vivantes par les dialogues, d’autres comiques comme celle où Octave tente de justifier son titre.

Dans la scène d’ouverture, les deux protagonistes hésitent à s’aborder, louvoient, mais les regards échangés parlent d’eux-mêmes.

On suit le tandem Marie-Thérèse, telle une nounou pour son poulain, Octave, depuis leur rencontre, chez un disquaire, où on écoute des 78 tours. Une complicité se noue, la différence d’âge n’étant pas une barrière pour cette femme libre, de 40 ans, dont le mari, notaire, vit à La Châtre. Une liaison naît. Durera-t-elle ?

Toutefois l’auteur confie que même après la disparition de Marie-Thérèse, en 2012, par pudeur, il a choisi de ne pas tout révéler, alimentant ainsi le mystère.

Octave, pour le narrateur qui l’a connu au lycée (époque où les classes n’étaient pas encore mixtes) était un « être mystérieux », secret. On peut s’étonner qu’il prenne la séance de dédicace comme une corvée, mais serait-il, tout simplement lucide ? Les livres ne finissent-ils pas revendus ? Il ne cache pas sa volonté de « se désengager ».

Il se considère comme un de ces «  nouveaux esclaves », devant recourir à un travail alimentaire de pigiste. L’occasion pour lui d’effectuer un féroce travail de sape à l’encontre d’un pair sous un pseudo très explicite : Septime Sévère !

L’arrivée de la jeune stagiaire Sophie, que Marie-Thérèse voit comme une rivale dans le cœur de son protégé, va perturber, compliquer les rapports des protagonistes au sein de la maison d’édition et contrarier l’avenir du livre d’Octave Dunoyer, ce jeune prodige, sur lequel ils ont tout misé.

Quant au patron, a-t-il été bien avisé de vouloir épouser Sophie, la fille d’un ami ?

On subodore que Sophie ne laisse pas Octave indifférent vu son indignation à l’idée que celle -ci puisse convoler avec « ce gros chapon ». La discrétion prévaut.

Commence un ballet de chassés-croisés, d’apartés, de malentendus, de disparitions momentanées, puis définitives, comme si le lecteur assistait à une représentation théâtrale. La gifle, l’esclandre, le vol des jerrycans, puis le mystère de ce roman au titre éponyme reçu par Marie-Thérèse « cette confession par défaut », viennent pimenter l’intrigue et tiennent en haleine. Peut-on s’évaporer de la sorte ?

Quant à Sophie, qui se dit étudiante, elle se laisse emporter par ce vent de liberté qui balaie les conventions et académisme. N’a-t-elle pas semé un vent de panique ?

Dans ce roman, Frédéric Vitoux explore le rapport entre attachés de presse, éditeurs et les journalistes ou critiques, soulignant combien il faut se battre pour capter l’attention du libraire. Une pléthore de noms liés à la littérature traversent le roman : Jean Freustié, Michel Mohrt, « le jeune critique » de l’époque : Jean Chalon pour le Figaro, Philippe Tesson, Gilles Lapouge, Bernard Franck, Sagan et bien d’autres. On croise aussi les jurés des Prix Goncourt, Médicis, le fantôme de George Sand, et dans le chapitre final ceux que l’on appelle « les désengagés », comme Monet ou Joyce.

L’académicien évoque la liberté de la presse et soulève la question de la fidélité d’un auteur à son éditeur. Peut-on trahir celui qui vous a porté, cru en votre talent ? Comment se relever d’un tel coup bas ? Robert, « rusé en affaires » saura-t-il s’adapter à la demande (« De l’histoire à chaud »), d’autant que « les livres, on les garde » ?

Par ailleurs il radiographie, avec délicatesse et finesse, tel un psychologue, les intermittences du cœur, à tous les stades. « Tout se joue d’abord du coin de l’œil », rappelle-t-il. Il met en parallèle la passion amoureuse selon les âges. Ses protagonistes sont des femmes libres qui n’ont pas besoin des injonctions de mai : « jouir sans entraves ». Marie-Thérèse s’avère être l’incarnation de La Maréchale, d’où le disque en cadeau d’adieu à Octave, signe d’abnégation. Avec la maturité, l’héroïne optait pour la sagesse, consciente que « la vie punit ceux qui n’ont pas l’élégance de se retirer quand il est encore temps ». Robert, parfois proche du ridicule, encaisse sa déconvenue amoureuse, après tant de malentendus et d’illusions.

Sous la plume de Pierre, on retrouve Frédéric Vitoux, en filigrane, qui a lui aussi fait une thèse sur Céline, a travaillé dans la librairie de l’île Saint-Louis. En amoureux des chats, il leur consacre quelques pages, pétries de tendresse.

Son attachement pour Paris et l’île, il l’a déjà décliné dans un ouvrage précédent.(1)

N’offre-t-elle pas un refuge, « voire un exil à l’écart de la ville » ? S’ajoute pour le narrateur le plaisir de revenir flâner à La Châtre, où son épouse a ses attaches.

En mélomane, il partage sa musique de prédilection : la version du Chevalier à la rose de Richard Strauss, point de départ d’un rapprochement entre deux êtres qui n’étaient pas faits pour se rencontrer. L’un de la génération de Johnny Hallyday, l’autre préférant le classique. Avec nostalgie, l’auteur se souvient des disquaires qu’il fréquentait avant que ceux-ci disparaissent. Récit aussi ponctué par les carillons des églises de Saint -Germain-des-Prés et de l’île Saint-Louis.

Avec la distance qu’offrent les années, Frédéric Vitoux se souvient de sa période estudiantine où il connut Octave. Il nous fait revivre mai 68, une époque de grand chaos, où « la France s’ennuie » et l’histoire passionnelle de Marie-Thérèse, à qui il rend hommage, comme il le fit pour Clarisse. Les désengagés livre un témoignage qui devient un document précieux historique, une fresque d’une époque révolue, de lieux disparus. L’académicien signe une réjouissante étude de mœurs, mâtinée de mélancolie, nimbée d’un souffle romanesque, au cœur du paysage littéraire.

La rose que nous tend la couverture est une invitation à écouter Rosenkavalier.

(1) : Jours inquiets dans l’île Saint-Louis (Fayard 2012 et Le livre de Poche)

©Nadine DOYEN

Le Petit Enfant et le retour à la Montagne. Randonnée chez les artistes « intuitistes » II/III

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Gerard Stricher, L’intuituiste

Le Petit Enfant et le retour à la Montagne. Randonnée chez les artistes « intuitistes » II/III

Quelle différence entre « avoir à écrire » et « avoir déjà écrit » ! Voilà une chose que mes amis intuitistes n’éprouveront jamais et que j’ai vécue pourtant, pauvre Christ n’ayant pas encore été touché par la furie d’une telle expression aussi foudroyante qu’immédiate !
Cet après-midi, plus épuisé que d’habitude, je suis tombé dans un sommeil intermittent, mais profond, qui m’a donné l’illusion d’y être… et ensuite la cuisante déception de n’y être pas…
J’avais mentalement commencé à noter des mots-clés… Le premier mot était  « Petit Enfant » (« Fanciullino ») ; le deuxième « Cosmos » ; le troisième « Alphabet » ; le quatrième « Jet » et le cinquième mot « Montagne »…
Sur la belle page, que j’avais juste devant mes yeux, ces mots se mariaient fort bien les uns aux autres, laissant jaillir des phrases…

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Diana Lui, Les Méduses, Texte d’Anne Biroleau-Lemagny, coll. Vanités, Chez Higgins, Montreuil, 200 €.

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret  Lui

Diana Lui, Les Méduses, Texte d’Anne Biroleau-Lemagny, coll. Vanités, Chez Higgins, Montreuil, 200 €.

Les égéries de la photographe belge Diana Lui n’ont rien de saintes. Elles en gardent le flacon sans l’ivresse. Celle-ci n’est pas forcément ce que le voyeur espère. A l’angoisse et l’extase charnelle font place des nuits blanches aux voluptés solitaires. Nulle tierce personne n’est là pour les partager. De telles femmes sont pourtant belles : leur corps, de l’orange ignore la peau et ne retient que la pulpe. Que demander de plus ? Sinon qu’elles proposent le paradis terrestre. Mais peu d’illusion sur ce point. D’autant qu’ici voir est plus compliqué qu’il n’y paraît. Diana Lui demande un regard attentif, une intelligence secrète, elle oblige par ses choix de pose à ne pas céder à l’agitation hors de propos.

Lui 2

Les Méduses se soucient peu de séduire même lorsqu’elles sortent de leur salle de bains où les flocons de parfums sont alignés. Pour le voyeur, elles demeurent néanmoins des idoles qui bluffent et font perdre le nord en leur Plat Pays que leurs rondeurs modulent. Elles passent en boucles mais cheveux tirés dans l’imaginaire : la vérité n’est plus habillée. Elle s’exhibe non sans une insolente pudeur. Mélusine devient au besoin Blanche-Neige. Elle lévite indifférente aux regards qui se posent sur elles. D’où la poésie particulière d’une œuvre subtile et poétique. L’œil remonte à la source d’un mystère qu’il n’appartient plus à la raison de dissiper.

©Jean-Paul Gavard-Perret