Libres d’être – Deux textes en résonance : Thomas Scotto – Cathy Ytak, Éditions du Pourquoi pas ? (9,50€ – 61 pages) Juillet 2016

Chronique de Nadine Doyen

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Libres d’être – Deux textes en résonance : Thomas Scotto – Cathy Ytak, Éditions du Pourquoi pas ? (9,50€ – 61 pages) Juillet 2016


Le rappel d ‘extraits de la charte de la laïcité sur le rabat de la couverture (articles 3 et 9) donne le ton, le sujet de l’égalité femmes/hommes est éminemment actuel.

Cet opus réunit deux textes enchâssés : une voix masculine, celle de Thomas Scotto pour De Fibres entremêlées, une voix féminine, celle de Cathy Ytak pour Parix 1909, Et si ma maison brûle, la parité est respectée.

Cathy Ytak revisite Paris, en 1909, et rappelle la circulaire qui autorisa le port de pantalon féminin, mais à la condition de « tenir par la main les rênes d’un cheval ou un guidon de vélo ». « Un début d’égalité », concède-t-elle. Toutefois, elle dresse le constat que la femme reste « corsetée, muette étouffée », sous le joug, « d’un mari, un père et un curé ». Elle déplore l’hypocrisie de rester en couple bien que celui-ci se soit délité, contrat de mariage oblige. Elle accorde peu de crédit au « curé », « aux redresseurs de torts et prêcheurs » et préfère leur tourner le dos.

Elle envisage le comportement de ses semblables si sa maison venait à être la proie de la foudre. Et s’interroge sur le plus précieux des biens à sauver : les livres.

Pourra-t-elle compter sur la solidarité ?

Avec pudeur, Thomas Scotto, père de deux filles, à qui l’opus est dédié, évoque ce moment où les enfants, qui « ne vous appartiennent pas » comme le rappelle Kahil Gibran, sont en âge de s’émanciper et de quitter le cocon familial. Il se remémore leur arrivée, alors que lui y était à peine préparé à cette responsabilité de père.

Il les revoit bébés, couvées, surveillant leur respiration.

Finis les rires après le repas, les câlins, les embrassades.

Les cartons qui envahissent les lieux ne sont-ils pas le signe de la séparation, de l’éloignement de sa progéniture ? Et par conséquence des appréhensions. Pourquoi cette colère qui l’anime ? Et l’auteur d’énumérer les exemples sexistes auxquels ses filles, les filles risquent d’ être confrontées (humiliation, injustices…). Peut-être vont-elles côtoyer, fréquenter des « Mâles », des lâches.

L’auteur dresse un parallèle, en deux colonnes entre ce qu’elles refusent : « pas esclaves », pas obligées de procréer, « pas de mariage forcé,pas de mutilations sexuelles » et ce qu’elles veulent : « éducation, indépendance financière, égalité de salaires, droit au « plaisir », « de vote », « d’exercer tous les métiers ».

Au fil des pages, Thomas Scotto épouse la cause féministe. Il rend hommage à toutes les pionnières qui se sont battues pour leur liberté, en particulier à Olympe de Gouges. Ne fut-elle pas la première en France à formuler une « Déclaration des droits de la femme », à comprendre que le sexisme n’était qu’une variante du racisme , à revendiquer le droit au divorce, l’union libre, à s’élever contre l’oppression ? Il tient à ce que les jeunes connaissent ces destins tragiques : « exilées, bâillonnées, guillotinées, interdites ». Des noms à ne pas oublier : Rosa Bonheur, Louise Michel, George Sand, Flora Tristan.

Cette question, même Bernard Pivot l’évoque, considérant « la langue française misogyne », « préjudiciable aux femmes ». Pour lui, « il n’est pas normal que le mot sexe ne soit pas aussi du genre féminin ».

De l’universel à l’intime, Thomas Scotto évoque son socle familial : sa femme enseignante, ses deux filles qu’il voit quitter le nid non pas sans appréhension, une tante qui force l’admiration car « se construire une carrière en médecine » est un parcours de combattant, tout comme la mère dont les mains ne connaissent pas le repos. Le dé à coudre en couverture symbolise ces travaux d’aiguilles, de couture.

L’auteur se montre confiant. Il ne nie pas l’existence de ces « Mâles » pervers, violents, dominateurs, mais sait qu’il y a des hommes qui respectent la femme et la considèrent comme leur égal. Confiant aussi dans la façon dont « les filles » vont gérer leur avenir. « Vivre, c’est être maître de son feuilleton », comme l’affirme Serge Joncour.

Thomas Scotto déploie une étonnante délicatesse dans sa déclaration d’amour à « ses femmes » ainsi que dans ses talents d’illustrateur : collages minutieux. Une valise, des clés annonçant le départ vers l’autonomie, l’indépendance.

Deux plumes engagées à lire à HAUTE VOIX pour faire vibrer leur musicalité.

Une lecture dansée en préparation par Thomas Scotto et sa fille Cassandre.

Un ouvrage collectif touchant, une invitation à continuer ce combat qui, pour beaucoup, n’a pas connu de parenthèse,y compris celui de l’intersectionnalité, à l’unisson du mouvement « He for she » lancé par Emma Watson.

Éditions du Pourquoi Pas

15, rue du général de Reffye

88000 Epinal


©Nadine Doyen

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