La nuit s’évapore – Laureline Amanieux nouvelles, février 2017 ; (164 pages – 7,99€)

Chronique de Nadine Doyen5884bef3d46a0

La nuit s’évapore – Laureline Amanieux nouvelles, février 2017 ; (164 pages – 7,99€)


La première surprise du lecteur en ouvrant ce recueil de dix nouvelles, c’est de tomber non pas sur une table des matières, mais une table des Métamorphoses.

On remarque dans deux titres les mots suivants : « mua », et « parole retrouvée », laissant supposer un changement, ce qui se confirme dans le prologue.

Laureline Amanieux ajoute un adjectif « heureux », à la manière de Claire Fourier, elle ne compte que « les heures heureuses ».

Dans le prologue, la narratrice explique le fil rouge de ces nouvelles : « Faire de la douleur une aurore nouvelle ». N’y aurait-il pas une façon « de rendre la mort réversible » ? Elle offre un tombeau de papier à cette amie Yola, dont le fantôme s’invite parfois, telle une apparition. Si, comme l’affirme Todorov : « La vie a perdu contre la mort, la mémoire gagne son combat contre le néant ».

La première nouvelle montre qu’il n’est pas facile de solder son passé, que ce soit lorsqu’on doit se séparer de tous les objets liés à son enfance ou lorsqu’on vient d’être quitté par celle que l’on aimait.Peut-on se libérer du passé qui nous hante et nous entrave ?

Philippe Besson le sait : « Le plus difficile est d’apprendre à vivre avec ses disparus. Pour ne pas être dévoré par le manque. » Une fois que l’on a réussi à « passer de la douleur brute à la douceur fragile, on est imbattable ».

Dans la deuxième nouvelle, la narratrice met sur un piédestal, ce professeur, « véritable divinité », telle Athéna, qui a su lui transmettre, adolescente, une valeur incommensurable : la Poésie, véritable « fenêtre portative », un abri refuge, un art de vivre et de survivre. Comme l’affirme Boris Cyrulnik : « La poésie est désuète pour ceux qui sont gavés, mais quand le réel est insupportable, elle prend la valeur d’une arme de survie ».

Laureline Amanieux rend compte de son séminaire dans un couvent, en Haute-Marne.

Elle s’ entretient avec la mère supérieure et aborde naturellement la question de la foi et de la mort. Elle montre qu’une phrase peut devenir un viatique. Celle de Mère Florent : « Toute absence est le signe d’une renaissance. » lui a apporté une note d’espoir. « Quand tout paraît te tirer vers le bas, pense au parachute ascensionnel de ta joie », confie Albert Strickler.

C’est un couvent qu’ Aude, professeur de philosophie, la cinquantaine, quitte un jour pour retrouver des effusions palpables, les étreintes de sa famille. Elle confie à la narratrice sa conversion, son entrée dans les ordres motivée par la révélation d’être l’élue de Dieu, son noviciat, jusqu’au jour où la raison ne contrôle plus les émotions. A force de subir l’interdiction de posséder un miroir, Aude prend conscience de ne même plus être un reflet, d’être comme transparente.

Si sa vocation d’enseignante reste chevillée au corps, sa foi a vacillé, quand elle perçoit « l’imposture des valeurs bien-pensantes ». Sa décision est prise « de ne renoncer à rien. Elle redevient elle-même.

On imagine le choc quand elle se retrouve confrontée à l’actualité !

Grâce à son mari, elle découvre « un amour humain », et inculque à ses élèves le respect de chaque individu et leur apprend à « prendre en compte la spécificité de chacun ».

Dans la nouvelle intitulée La Vénus de San Francisco, la narratrice relate sa rencontre, lors d’un colloque, avec Julia, biologiste, si stupéfiante dans son investissement total pour la cause de l’eau, une vraie « eaulophile ». Elle est encore plus médusée quand elle la voit se transformer en sirène au milieu des phoques.

Cette soudaine métamorphose fait remonter à la mémoire un aphorisme énoncé par Yola : « Tout ce qui a une forme se transforme », ainsi que le souvenir d’un été passé ensemble au Liban. Ce qui importe est de consentir à ce qui est arrivé, de ne plus lutter contre.

Agathe, quant à elle, nous donne un exemple d’altruiste ou comment après avoir essuyé une tornade d’une violence incommensurable, elle relativise sa blessure, son cauchemar. Reprenant conscience, c’est le sourire d’un enfant Juan qui l’accueille. Quand elle apprend qu’il lutte contre un cancer, elle n’a plus qu’un but : soulager ces condamnés, leur offrir des moments de distraction lors de leurs séjours à l’hôpital, dans l’esprit des nez rouges. Elle trouve un sens à sa vie, être utile, faire le bien, en s’investissant dans l’association qu’elle a créée.

On referme le recueil sur Yola, passé le temps de la déchirure et de l’insupportable, penser à elle, l’avoir ressuscitée ainsi, plonge Laureline Amanieux dans une paix miraculeuse.

Ce recueil est irrigué soit par « des vies inspirantes », des témoignages recueillis par l’auteure, soit par son vécu. Autant d’exemples de résilience ou de changement de cap qui apportent la note lumineuse, la lueur d’espoir dans les destinées de chacun.

©Nadine Doyen

Publicités