America – L’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue ; Printemps 2017 Trimestriel (19€ – 194 pages) Revue co-éditée par le1 ; Diffusion librairie : Flammarion

Chronique de Nadine Doyen

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Eric Fottorino et François Busnel. – MICKAEL BOUGOIN/OLIVIER DION

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America – L’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue ; Printemps 2017 Trimestriel (19€ – 194 pages) Revue co-éditée par le1 ; Diffusion librairie : Flammarion

America est le nom de la revue initiée par François Busnel et Eric Fottorino.

Un défi pour faire percevoir le pouls de L’Amérique durant les quatre années de la présidence Trump, donc seize numéros. Éric Fottorino explique leur démarche : « Aller voir, cette Amérique réelle, là où la littérature sait jeter ses filets pour fixer les images les plus vraies, les plus fortes, d’une époque sans précédent ». Il oppose le texte d’Emma Lazarus, gravé sur le socle de Miss Liberty, à celui qui veut « fermer portes et frontières ».

La couverture explicite affiche des grands noms de la littérature américaine, annonce des inédits, et des extraits exclusifs du roman à paraître de Jay McInerney.

En ouverture une carte permet de situer les lieux correspondants aux textes.

Très utiles les 2 pages intitulées « Chronologie » couvrant trois mois sous Trump.

Dans son édito, François Busnel trace les grandes lignes : « des écrivains vont devenir les mémorialistes de cet étrange règne ». Rappelons que l’auteur a souvent traversé l’Atlantique, ayant à son actif Les carnets de route, road movie littéraire au coeur de l’ Amérique , avec DVD.

Ici, Toni Morrison, Prix Nobel de la littérature en 1993, marraine du premier numéro de la revue, lui a ouvert ses portes. Elle évoque son enfance,son goût précoce pour la lecture, ses études à Howard University à Washington. Elle confie ses craintes concernant Trump. Elle revient sur ses réticences à soutenir le président Obama. Elle a pu conclure après lecture de son livre autobiographique et ses discours qu’il était « sage, honnête, sain d’esprit et pas mauvais écrivain du tout », « doué d’empathie ». Elle passe en revue certains de ses romans, livre une anecdote sur Bob Dylan, décline les auteurs importants pour elle et met en exergue le rôle vital de la littérature.

L’originalité de cette revue est de proposer des textes bilingues, par exemple : Colum McCann lance son appel aux jeunes écrivains.

La politique et la culture peuvent faire bon ménage, pour preuve, l’entretien de Barack Obama autour de la littérature. L’ex -président se confie au journaliste Ta-Nehisi Coates, livre son rapport aux livres, commente les romans qui l’ont marqué comme Les Furies de Lauren Groff. (Traduction de Marguerite Capelle).

Alain Mabanckou adresse une lettre à un ami, dans laquelle il évoque « ces petits trésors qui alimentent sa joie de vivre à Los Angeles », deux regards sur cette ville totalement opposés. Des suggestions de livres, films, musiques terminent cette incursion dans L.A, ainsi qu’une page de citations sur cette ville.

La voix de Louise Erdrich (1), propriétaire d’une librairie spécialisée en littérature amérindienne, se fait entendre dans le chapitre : Toujours debout, où elle est décidée à lutter, résister, et manifester son désaccord. Elle refuse de voir « sombrer les Amérindiens dans l’oubli » et se déclare solidaire de leur cause. Elle n’est pas tendre envers Trump. On vient s’abreuver à Birchbark Books, « c’est comme un lieu sacré, un manifeste politique ».

D’autres plumes encore à découvrir : un inédit de Francis Scott Fitzgerald, des extraits du roman de Jay McInerney, des enquêtes et reportages.

Douglas Kennedy aborde le cinéma, « formidable moyen de saisir l’âme d’un pays ».

Olivia de Lamberterie autopsie le roman de Lauren Groff Les furies, pointe les réflexions sexistes d’un président qui ont déclenché les Marches des Bonnets roses.

Des dessins de Nicolas Vial et Sempé ainsi qu’ une série de photos de Vincent Mercier ponctuent cet ouvrage. Des photos encore dans le reportage de Sylvain Cypel, à la rencontre des « poor white trash » au coeur de la Rust Belt.

Des dessins accompagnent aussi le livre culte Moby Dick, commenté de façon approfondie par André Clavel. Celui-ci retrace les débuts difficiles de ce roman « tellement novateur et dérangeant » avant qu’il devienne « un monument ».

Trois auteurs s’expliquent sur leur coup de coeur : John Irving confie être « fasciné par le caractère inexorable du roman ». Russell Banks reconnaît que cette histoire d’Achab « n’a cessé de l’habiter », puis à la relecture en a perçu ma musique.

Ron Rash le considère comme « le plus grand roman américain ».

La revue s’achève sur une page d’humour, Augustin Trapenard mettant en parallèle deux Donald, prénom d’ « origine gaélique qui révèle une propension au pouvoir et un intérêt pour le monde d’en bas ». Il s’interroge sur « l’étrange popularité de ces drôles d’oiseaux, de ces deux larrons ». Verserait-il dans le Trump bashing ?

Pour cela, il renvoie au Canard enchaîné

François Busnel et Eric Fottorino réalisent un premier numéro d’ America alliant textes et images, éclectique, riche, dense, prometteur et éclairant sur la réalité.


(1) Augustin Trapenard a reçu Louise Erdrich, dans l’émission Boomerang, France Inter le 5/04/ 2017.

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©Nadine Doyen

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