Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne, Jean-Claude Lalumière ; Arthaud (17€ – 228 pages)

Chronique de Nadine Doyen

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Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne, Jean-Claude Lalumière ; Arthaud (17€ – 228 pages)


Ce roman, au titre bien saugrenu en apparence, éponyme du chapitre 9, mais dont le sens s’éclaire beaucoup plus tardivement, est une invitation aux voyages.

La table des matières nous ouvre un vaste horizon !

Vous vous souvenez peut-être du premier roman de Jean-Claude Lalumière Le front russe dans lequel son personnage rêvait déjà de voyager. Ce récit, dans la même veine rapporte, en 27 chapitres, les tribulations de Benjamin Lechevalier, qui aspire à quitter son île d’Oléron, berceau familial afin de s’éloigner de sa fratrie, où les discordances ont surgi lors de la disparition du père.

Au départ, le protagoniste, tout nouveau dans ce poste, chargé de promouvoir La cité de l’Air du Temps, se voit cantonné à des déplacements dans l’hexagone, son boss se réservant la crème des voyages. Mais, n’a-t-il pas avoué sa phobie de l’avion ? On imagine, sans peine, le stress, l’angoisse, d’autant qu’un frère tient le décompte des crashs aériens, collectionne les articles. Comment pourra-t-il dominer sa peur ?

On embarque avec ce globe trotter impénitent, de 36 ans, et comme lui, on se retrouve ballotté. Tout bouge, un séisme s’étant invité au départ du récit et pour clore l’aventure nipponne , ravivant la catastrophe de Fukushima.

Voilà Benjamin, incollable sur les aéroports, les hôtels, toutefois la frustration est grande de ne pas connaître, sauf en les traversant en taxi,les villes où se déroulent les « workshops ». Ne retenant que l’odeur de kérosène ! A peine le temps de poster une carte pour sa mère. On le suit donc dans toutes ses tribulations, d’un pays à un autre.

La lassitude d’être toujours en partance pointerait si les rencontres ne venaient pas pimenter ces déplacements professionnels. Et Clara, une consoeur a tous les atouts pour le charmer, un rapprochement s’opère, mais lui, plus gaffeur que séducteur, cumule les maladresses, les bévues au point qu’elle lui tourne le dos. Comment cette romance avortée va-t-elle évoluer ? Peut-elle renaître ?

Benjamin, habité par Clara, n’en sait rien lui-même. Va-t-il la recroiser dans d’autres voyages ? Clara, une présence à éclipses, à la merci du hasard. Pour le moment, il a en mémoire leur première rencontre, leur déambulation silencieuse dans Rome, de nuit. Et comme talisman, sa carte de visite !

L’exotisme, Benjamin le découvre quand il se retrouve immergé dans le décor de Lost in translation, dans un taxi japonais, ou à la fermeture d’un bar. Il tente de s’approprier le vocabulaire des tour-opérateurs (citybreakers, low cost, last minute), ainsi que des bribes d’anglais et de japonais (« Kanpai ! », « Shitsurei »).

Les lieux convoquent des écrivains : Du Bellay pour Rome, Albert Londres pour le café Excelsior et ses chroniques japonaises, Huysmans et sa description du retable d’Issenheim du musée de Colmar, Jane Austen et Charles Dickens à Londres.

On retrouve l’humour de Jean-Claude Lalumière, et aussi son regard critique sur la mode des selfies, sur les réseaux sociaux où l’on poste des photos « pour épater la galerie ». Il déplore les décors uniformisés des hôtels, la laideur des périphéries.

Il brocarde les transports (2 heures pour récupérer sa valise). Doit-on conclure comme Benjamin que « les transports réservent plus de surprises que les séjours » ?!

Il surprend par ses formules : « à un jus de tomate de Paris ». Des situations cocasses ponctuent les déplacements du narrateur avec les animaux (valise volée). Quiproquo lors de l’achat d’un billet pour son chat /Chartres !

L’auteur signe un roman sous le signe des turbulences : celles d’un coeur amoureux qui s’emballe, celles dues aux conditions atmosphériques dans un avion. En filigrane apparaît la quête du père disparu qui hante le narrateur. Jean-Claude Lalumière nous offre, pour notre plus grand plaisir, une lecture roborative, truffée d ‘imprévus, d’aléas qui rappelle La campagne de France.

Idéal pour conjurer l’attente en cas d’un retard éventuel de train, d’avion !

©Nadine Doyen

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