À l’ordre de l’oubli, de Jean-Louis BERNARD, Éd. Alcyone, coll. Surya, Saintes, 2016

Chronique de Claude Luezior

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À l’ordre de l’oubli, de Jean-Louis BERNARD, Éd. Alcyone, coll. Surya, Saintes, 2016


Poète contemporain majeur, funambule d’images sur la crête de pensées sans cesse triturées, remodelées, remises en question, Jean-Louis BERNARD nous livre sur papier nacré les grains subtils de sa dernière création aux éditions Alcyone fondées et dirigées par Samuel Potier et par la poétesse et artiste Silvaine Arabo dont on peut apprécier une encre en début de volume.

Jean-Louis BERNARD calligraphie / l’insaisissable (…) aux limbes du langage (…) dans la lente béance / où s’accomplit / la flamme de beauté. Dense, souvent à contre-point, en permanence renouvelé, chaque poème / est un alphabet de pierre qui semble un point d’orgue / de l’inachevé.

Mais au fond, quelle quête du sens l’auteur évoque-t-il dans ce recueil ? Au-delà d’une superbe maîtrise du mot dans ses facettes diamantaires, quelle thèse affleure-t-elle, alors que Le vent plaque ses accords secrets / sur les cordes / des évidences ?

Suivant le titre énigmatique À l’ordre de l’oubli, lequel relie en quelque sorte des gerbes de pensées finalement si peu disparates, il me semble que le poète-philosophe fait l’apologie très pertinente et quasi neuro-psychologique de l’intelligence. En effet, inter legere n’est pas une accumulation quantique d’un disque dur, mais c’est bien l’acte du choisir parmi, dans lequel l’oubli est un rouage essentiel.

Un peu l’équivalent du blanc sur la page, du vide lumineux sur une toile, d’une pause musicale. L’oubli, pièce maîtresse de l’organisation mentale, n’est ici, de nulle manière, une tentacule d’Alzheimer, mais l’outil plus ou moins inconscient d’un choix, d’une démarche active, d’un processus de décision ; il n’est pas dégénérescence mais se situe très haut dans une hiérarchie du psyché : ciels d’oubli sans lesquels il n’y a ni ordre, ni structure de l’intelligence.

Revenant au creux des sentes (…) en territoire d’herbe (…) le poète précise qu’il est des oublis / qui désaltèrent. Absence habitable, abîme, impossibles réminiscences font donc partie intégrante de ce processus de construction. De manière symbolique, les mots de Jean-Louis BERNARD nous rappellent ainsi qu’apprendre, c’est oublier.

En une note manuscrite, l’auteur nous livre son impression d’avoir rassemblé tous les cailloux poétiques qui composent ma route : absence, attente, silence, lenteur, errance et, bien sûr, veillant sur tout cela, le temps. Celui qui passe, celui qui nous maîtrise et nous apprivoise. Comme si ce temps mythologique était, en creux, frère jumeau de cet oubli que je crois créateur.

Ne pas penser que le petit Poucet a les poches vides : il sème ses cailloux sur son chemin mais, comme chacun le sait, il est avant tout orpailleur de vérité.

©Claude Luezior

Ref: À l’ordre de l’oubli, Jean-Louis BERNARD, Éd. Alcyone, B.P. 70041, 17102 Saintes cedex http://www.editionsalcyone.fr

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