Philippe Besson, Patient Zéro, Le premier malade du sida ; Illustrateur Lorenzo Mattotti ; Incipit (12€, 100 pages)

Chronique de Nadine Doyen

 

ob_6f3254_patient-zeroPhilippe Besson, Patient Zéro, Le premier malade du sida ; Illustrateur Lorenzo Mattotti ; Incipit (12€, 100 pages)


 

Philippe Besson, dans la lignée de cette collection, remonte aux origines du sida, cette « calamité mondiale » aux dramatiques conséquences, qui « résiste et défie ».

Il y conjugue expérience personnelle et sources documentaires très étayées.

Cet opus montre combien furent longs les tâtonnements avant que le virus soit identifié en 1983 et que les traitements suivent. Pendant ce temps, on émet des suppositions quant aux lieux de propagation.Un biologiste déclare que « Haïti a été le tremplin pour le virus ». L’auteur énumère tous les cas suspects dont la doctoresse danoise Grethe Rask qui contracta peut-être la maladie en travaillant au Zaïre.

Puis 1976, année du bicentenaire des USA, voit converger des matelots du monde entier. Leurs vies de débauche sont supposées en corrélation avec les maladies contractées, « sarcome de Kaposi », cancer de la peau, pneumonie.

Le cas de Gaëtan Dugas, coiffeur québécois, retient l’attention, d’autant que reconverti en steward, il voyage et fréquente des bars gays, les boîtes disco. Les années 70 correspondent au « flower power des hippies » et à la libération sexuelle.

Le steward « multiplie ses partenaires ».

Mais en 1977, « les traitements se révèlent tous inefficaces ». L’hécatombe a de quoi alarmer. Certains malades tardent à faire leur coming out, comme Rock Hudson.

Le 5 juin 1981, « le cancer gay » est identifié par le Centre d’Atlanta, désigné en 1982 par le sigle AIDS, traduit en France par SIDA.

En 1984, Gaëtan est catalogué « patient O », c’est à dire « out of California », puis devient « le patient zéro », « pestiféré », que l’on évite. Sa conduite irresponsable interpelle. En réalité, il est « le patient zéro de la visibilité ».

La population est méfiante, trop de rumeurs circulent quant à la propagation du virus. La presse s’empare du sujet et le livre « à la vindicte populaire ». La société américaine est dominée par le capitalisme, le « mépris pour les faibles et les minoritaires ». La maladie est considérée comme « une sanction divine » pour « ces pêcheurs, ces dégénérés ». Il est noté que le président Reagan, « au cours des six années qui suivent le début de la crise », oblitère le mot sida. Il devient « le mal d’une génération ». La vie sexuelle se fera dès 1985 « sous le sigle de la gravité et de la prudence », « marquée du sceau de l’inquiétude ».

En 1992, le film Les nuits fauves incarné par Cyril Collard devient culte.

L’auteur évoque une scène poignante du film Philadelphia où ceux qui restent, les fracassés, vont devoir vivre avec leurs disparus. Et on retrouve Philippe Besson de La maison Atlantique qui « découvre l’endurance et la persévérance » afin de « passer de la douleur brute à la douceur fragile ». Lui aussi a dû faire face à la « béance de l’absence ». Il nous touche par sa fidélité à leur mémoire, confiant « leur rendre visite régulièrement ».

On referme cet opus, étranglé par l’émotion. Philippe Besson livre un récit éclairant sur cette maladie, qui rappelle la nécessité de « sortir couvert » comme le martèlent toutes les associations qui font campagne contre le VIH et le festival Solildays.

©Nadine Doyen

 

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