A l’Orée du Verger de Tracy Chevalier, Editions Quai Voltaire -324p- 22.50 €

Chronique de Sophie Mamouni

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A l’Orée du Verger de Tracy Chevalier, Editions Quai Voltaire -324p- 22.50 €


« L’arbre- quel beau sujet » écrivait Paul Valéry. Nous pouvons le dire du dernier roman de Tracy Chevalier : A L’Orée du Verger. L’auteur nous offre une fresque familiale, celle des Goodenough venue du Connecticut s’installer en 1838 dans les terres marécageuses de l’Ohio aux Etats-Unis. Le père, James, va tout mettre en œuvre pour produire après greffages ses fameuses pommes reinettes dorées au goût de miel et d’ananas auxquelles il voue une passion sans borne. S’il en prend soin et les aiment plus que ses enfants, sa femme Sadie leur préfère des pommes à cidre. Elle se console avec leur eau de vie. Sans son breuvage, Sadie perd toute raison de vivre. James refuse obstinément de planter ces pommes. Le couple se déchire perpétuellement pour ces maudits arbres. La guerre avec son mari a débuté, ici, dans le Black Swamp cette terre marécageuse qui leur a enlevé cinq enfants atteints par la fièvre des marais. Des cinq survivants aucun ne peut sauver leur mère de son addiction à l’alcool. Ils assurent les corvées domestiques notamment Martha. Elle contribue, aussi, aux travaux des champs, du potager avec sa sœur Sal et ses frères : Caleb, Nathan, Robert. Pour celui-ci, sa mère avoue « C’est lui que j’aimais le mieux car il avait l’air de venir d’un endroit différent du reste de la famille ».

Ce fils aux origines mystérieuses, le lecteur le suit dans la seconde partie du roman où Robert découvre l’Amérique. Il n’a d’autre alternative que de fuir face au drame qui vient d’endeuiller la famille Goodenough. Sur les traces des chercheurs d’or, il survit en exerçant de multiples petits boulots jusqu’à ce que l’amour des arbres, que son père lui a donné en héritage, le mène vers la maturité. L’image de force et d’humilité que lui renvoient les forêts aide Robert à se reconstruire. Les arbres donnent un sens à sa vie. Le jeune homme se forge une vie d’homme libre, passionné par la nature auprès d’un explorateur anglais qui prélève des pousses de séquoaias géants pour les envoyer dans le Vieux Monde. Sans oublier, Molly, la jeune cuisinière qui lui ouvre son cœur et son intimité pour découvrir les gestes de la tendresse.

C’est en se croyant l’unique survivant des Goodenough que Robert voit un jour Martha réapparaitre. Elle lui avait pourtant écrit mais aucune de ses missives ne lui est parvenue. Sa sœur dotée d’une force de caractère hors du commun brave tous les dangers pour traverser l’Amérique retrouver

Robert. Leurs chemins se croisent mais n’est-il pas déjà trop tard ? La malédiction de la terre marécageuse du Black Swamp semble inscrite dans leur chair.

L’histoire des Goodenough demeure pourtant un hymne à la vie et à l’éspérance. Dans ce roman, Tracy Chevalier rend hommage aux femmes et aux hommes qui ont construit les Etats-Unis. Certains pionniers sont restés, d’autres ont rejoint le Vieux Continent. Quel sera le choix de Robert ? Martha va-t-elle l’aider à se délivrer ses chagrins du passé ? S’il veut construire son avenir, Robert ne pourra pas perpétuellement fuir ses démons. On peut se demander si les pommiers consolent toutes les peines notamment si les reinettes dorées ont un goût de miel et d’ananas ? « L’Orée du Verger » vous livrera sa réponse.

©Sophie Mamouni

 

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