Claude Donnay & Christine Sépulchre, « 40 Echanges », Editions le Coudrier, Mont-Saint-Guibert (Belgique), 108 pages, 16 €., 2015.

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

40-échangesClaude Donnay & Christine Sépulchre, « 40 Echanges », Editions le Coudrier, Mont-Saint-Guibert (Belgique), 108 pages, 16 €., 2015.

Le travail en « répons » de Claude Donnay et Christine Sépulchre, plus qu’un dialogue basiquement amoureux, est un bel exemple de ce que la tension de deux écritures peut donner de divers états du monde, inflexible en ses réalités économiques. Elles sont évoquées ici avec un certain souci d’élégance formelle mais par laquelle la dureté des conditions de vie n’est pas occultée.

Les deux écritures créent donc le pont entre le réel et l’intime, traité toujours de manière plus large qu’un simple épanchement de l’égo. Dans ce mariage de deux « voix » s’opère un dialogue qui exclut la vague élégie de l’âme et l’alanguissement pernicieux. L’écriture ou les écritures gardent, dans leur effet miroir, le réel en point de mire. Preuve que mettre en mots le monde, comme l’écrivait Achille Chavée, « n’est pas tout rose et violette ».

Le jeu de miroir ne joue donc pas ici de reflets narcissiques. Le face-à-face en s’intéressant à bons nombres d’aspects du quotidien permet de les approfondir en toute complicité. Quand l’un « fait mine de l’emporter / avec cette part de vérité / qu’il a sauvée de la ruine des jours » l’autre lui rappelle qu’il s’agit de « t’en aller chuter / dans le gouffre où conduit / La trace que tu suis ». Mais à deux ils peuvent se relever.

La concision et l’effet retour des textes rend évident l’effort de mettre à nu la complexité du réel, ses fontaines noires, son continuum implacable. Traquant les facilités que sont devenues aujourd’hui les métaphores ou toute répétition trop systématique d’une même figure de style, les deux poètes cassent toute monotonie et s’élèvent contre le mutisme ou la myopie qui entoure le discours et les images de la réalité, sans pour autant réduire le langage poétique au rang de bouée. Elle ne serait dans ce cas que bouée de corps mort.

©Jean-Paul Gavard-Perret

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