Philippe Leuckx, Carnets de Ranggen, Editions Le Coudrier, Mont Saint Guibert, 92 p , 14 €., 2015

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

carnets

Philippe Leuckx, Carnets de Ranggen, Editions Le Coudrier, Mont Saint Guibert, 92 p , 14 €., 2015.

A la recherche de la simplicité, Philippe Leuckx baratte et articule non le plein mais le (presque) vide en un rêve sans fin « gage d’autre chose dans le regard ». C’est là sans doute inconsciemment tenter de sortir de l’angoisse et de la douleur tant que le corps résiste et que du temps demeure disponible. En poèmes brefs, le lecteur emprunte des labyrinthes et leurs marées montantes. Parfois son être se noie là où la trace vit son propre trajet. L’extérieur est à l’intérieur. L’intérieur est à l’extérieur entre enfoncement et résurrection des surfaces. L’image achevée demeure mobile, immobile, immobile, mobile.

L’histoire de tels carnets ressemble donc à celle de l’escargot. Elle demeure en suspens. Enroulée elle se déroule. Déroulée elle s’enroule. Soudain un espace laissé vacant fait d’un creux une baie. Noir sur blanc apparaît l’espoir de la fugue et celui d’un désir particulier. L’espace est son point de départ. Le poète s’y livre des exercices d’apparition. Et de fugue. Chaque texte crée l’interstice, le passage, la jetée sous les arches grises du temps. Et c’est soudain le secret qui à la fois précède et précise la vision. Le corps omniprésent semble à la conquête de sa source inconnaissable pour renaître de la douleur. Son secret est le jadis. Il précède le temps comme le temps l’a précédé forcément.

©Jean-Paul Gavard-Perret

Advertisements