Thomas Lerooy, « GLASSTRESS 2015 », Galerie Rodolphe Jansen Bruxelles et 56ème Biennale de Venise. De Thomas Lerooy, “Bittersweet”, Hatje Cantz, 136 pages

Chronique de Jean-Paul GAVARD-PERRET

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Thomas Lerooy, « GLASSTRESS 2015 », Galerie Rodolphe Jansen Bruxelles et 56ème Biennale de Venise. De Thomas Lerooy, “Bittersweet”, Hatje Cantz, 136 pages

L’œuvre du peintre Belge Thomas Lerooy est une résistance à tous les enfermements et les captures. Elle ne cesse d’ouvrir les champs des possibles dans un esprit aussi classique que néopunk. Les hybridations transforment les vanités classiques en monstres opérationnels. Des orbites des crânes coulent des pampres et ceux-là deviennent des cornes d’abondance. S’y traduit le mélange des genres au sein de morceaux décomposés, renoués, tordus, enchevêtrés au sein d’anamorphoses inédites.

En ce sens l’artiste est dans la parfait ligné des démiurges belges. Il réinvente des hauts lieux de l’imaginaire qui perce le réel déploie l’effacement de tout but. L’art se réinvente non sans arrachement et/ou harnachements guerriers. La puissance poétique fascinante vient de tels rébus et leur fantaisie. Il y a là pourtant un véritable retour au tragique. Mais selon une ironie et une virtuosité exceptionnelle. Reprenant ce sentiment là où l’avait laissé un Beckett ou un Michaux en littérature, un Plensa ou un Delvoye en art ? l’artiste belge le fait resurgir de manière volcanique, ample et dérisoire au sein de farces graphiques. Un tel travail est aussi inquiétant et drôle que sublime. Une nouvelle aventure plastique commence là où tout reste en vibration, commotion, chocs, braises dans l’éclat des jours comme dans l’obscur, brandons magiques pour la scarification des ciels.

La plupart du temps pour ses dessins – mais aussi pour des œuvres en 3 D –  le peintre et sculpteur utilise de vieilles pages de magazines et de catalogues. A partir de ses segments il crée des œuvres impressionnantes. Le papier est découpé et sur une base : « on peut les voir comme de vieux sols en bois, un parquet fait de lattes » précise le créateur. Sortant ainsi de la peur de la page ou du support blanc il propose un travail d’une maturité rare qui le ferait passer pour un vieux maître. Il invente un nouveau monde baroque empli autant des stigmates de la mort que de la vie.

©Jean-Paul GAVARD-PERRET

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