Félicité, Katherine Mansfield, traduction de l’anglais et postface de Bernard Hoepffner, éditions Mille et une Nuits, 1994, 47 pages.

 

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Félicité, Katherine Mansfield, traduction de l’anglais et postface de Bernard Hoepffner, éditions Mille et une Nuits, 1994, 47 pages.

Au plaisir de partir à la recherche d’un petit trésor enfui dans une multitude d’autres trésors moins secrets, s’ajoute souvent celui bien plus intense de le trouver et de pouvoir se l’offrir pour deux fois rien. C’est pour cette raison mais aussi par amour de la volupté des différents papiers aux parfums chargés de petites vies, que j’adore passer les après-midi pluvieux et gris à l’abri dans un de ces magasins où les livres retrouvent après en avoir perdu parfois un nombre incalculable le nouveau lecteur qu’ils pourront ravir.

Les éditions Mille et Une Nuits proposent en de petits formats de grands, de très grands auteurs. Le principe épuré propose une œuvre majeure, brève, une postface de qualité qui prolonge avec intelligence les réflexions de la lecture et pour faire connaissance avec l’auteur, biographie et bibliographie. De quoi alléger l’existence sans l’alourdir tout en proposant de profondes visions au lecteur, à n’importe quel lecteur, même celui sans bagage.

La nouvelle proposée ici, construite par Mansfield, taillée comme un diamant révèle un style attaché à de simples petits détails, la peau de soie jaune d’une poire, le dialogue intérieur d’une femme, une épouse ravie, les mœurs d’un groupe de bourgeois du début du XXème siècle assistant à un diner délicieux au sein d’une noble demeure entourée d’un somptueux jardin. Cette réalité lumineuse et heureuse semble se déployer par la révélation d’une myriade de détails en apparence anodins tel le poirier évoqué par le texte qui ne semble pas avoir de versant plongé dans l’ombre, comme une vérité qu’on plonge dans le mensonge.

« Il (le mince arbre fleuri) était absolument immobile, et pourtant il paraissait, comme la flamme d’une bougie, vouloir s’étirer, s’aiguiser, vibrer dans l’air limpide, grandir et grandir devant les yeux – jusqu’à presque toucher le bord de la lune ronde, argentée. »

Dans la poitrine du personnage de Bertha, un poirier, une braise attise un invincible désir de vivre. Cet amour de la vie dans ce qu’elle a de plus poétique donc de plus essentiel tout en étant ce qu’il y a de plus insaisissable n’occulte pas la réalité telle qu’elle est lorsqu’on la dénude des sentiments. Au contraire, elle l’éclaire, comme si elle n’était qu’un morceau du cristal.

©Lieven Callant

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