Jean Depara, Night & Day in Kinshasa, 1955-1965, éditions Revue Noire, Belgique, 108 p., 13€.

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

Jean Depara, Night & Day in Kinshasa, 1955-1965, éditions Revue Noire, Belgique, 108 p., 13€.

Les black mafic women de Jean Depara s’enrobaient (ou plutôt s’enrubannaient car elles avaient la ligne haricot vert) pour mieux se dérober en habiles traitresses. Elles jouaient avec leurs corps et les accessoires qui le recouvraient – provisoirement peut-être. Toutefois Depara ne se départissait jamais d’une exquise pudeur et respect. Même dans l’humour, il ne s’agissait pas de ridiculiser les femmes. Les hommes quant à eux en prenaient pour leur grade.

Il y avait peut-être chez ses oiseaux de nuits moins de goût pour le sentiment que pour le plaisir. Mais qu’importe ! Sous la robe le plus légère se cachait une petite fille et une princesse. Toutes les princesses attendaient leur prince charmant pour qu’il laisse glisser leur jupe à fleurs. Mais Depara ne jouait jamais de telles audaces. L’orgasme, ce mystérieux miroir d’absolu n’était jamais à l’image – si ce n’est celui que celle-ci produit.

Depara jouait des limites mais juste ce qu’il fallait. Sous les lumières du soir les peaux noires devenaient à la fois soyeuses et brillantes. Il y avait là sans doute une lecture critique de l’Afrique qui s’occidentalisait. Mais perdure surtout une poésie d’une vie insouciante qui a disparu. La nuit à Kinsasha n’était pas encore ce qu’elle est devenue. Les êtres pouvaient s’y dérober sans risque au monde objectif et à eux-mêmes. Et l’œuvre paradoxale du photographe fait éprouver le contact et la distance de cette atmosphère d’insouciance un peu factice mais insouciance tout de même.

La mélancolie se loge soudain dans une valise doublée de soie et de taffetas relevés de perles de sourire. La fête semble toujours en imminence et garde la moiteur de son intimité tandis que des reins se cambrent. Certains diront que Jean Depara photographiait comme certains écrivent des romans de gare. Mais ils auraient bien tort. Ses photos racontent désormais le temps avec une troublante délectation. Une virtuosité (sans effets) fait bouillonner la nuit où des clés d’amours possiblement clandestines chassent les nuages du lit des cieux. Des jambes se livrent à des dérives, elles enveloppent le regardeur de leur érudition. Aimer doit pouvoir s’écrire entre toutes ses lèvres. Et en pleine nuit la libre entrave des corps délivre le soleil. Et les émotions n’ont plus d’âge.

©Jean-Paul Gavard-Perret

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