Maja Polackova, Musée, Louvain la neuve, 3 février – 15 mars 2015 Louvain.

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Maja Polackova

Maja Polackova,  Musée, Louvain la neuve, 3 février – 15 mars 2015 Louvain.

Polackova - 2

Maja Polackova, textes de Jacques De Decker, Paul Emond, Danièle Gillemon, Jacques Sojcher, Editions Didier Devillez, 128 p.

Maja Polackhova propose une effraction de la conscience perceptive par le renouvellement de dispositifs stratégiques et de ses petits personnages. Leur « libertinage » ou plutôt leur liberté (même lorsque ses figurines se déplacent en groupe) se répandent en une fragilité colorée. Elle rappelle sous forme de métaphore que ce qu’on vit et traverse répond à l’évolution politique, sociale et esthétique d’une société. Un ignoré de l’être est donc rendu visible là où les personnages engagent divers voyages.

Les découpages-collages foisonnent sur le support où ils demeurent à la fois forcément fixés mais dans un dynamisme grouillant. Ses « petits bonshommes plats », Maja Polackova les découpe pour la plupart dans les pages du quotidien Le Soir et les réunit en groupes compacts, entrelacements ou alignements singuliers. Il y a quelques années, elle reconstitua les phases cruciales de la bataille de Waterloo afin de créer de l’empathie envers les soldats de papier comme plus généralement pour souligner la fragilité des êtres.

En de telles compositions graciles et jamais misérabilistes, les personnages ne se laissent pas aussi facilement saisir qu’un premier regard pourrait le faire penser. Il y a là humour et joie mais « derrière » se cache une vision plus âpre. Les couleurs jouent un rôle majeur. Elles placent les œuvres de l’artiste plus du côté de la lumière que de l’ombre au sein d’irisations. Elles jouent du rassemblement comme de la dé-liaison.

Composites, incongrus, les personnages font de nous des clowns en évitant de réduire l’image à un miroir trop simple du type « stimuli-réponse ». Les corps en marche proposent une narration poétique. Elle casse la froideur et la rigidité au profit de la souplesse, souligne une résistance de l’individu même si l’artiste n’illustre pas une thèse. Elle fait mieux : le monde devient autre, son sens est multiplié selon un système à la féerie particulière. L’image reprend toute sa force de dérangement et de volupté. Elle a de quoi inquiéter et séduire. Elle justifie sa brouille avec le bien pensé, le bien-pensant. Avec l’ordre aussi. Elle ne peut donc trouver sa place, si ce n’est une place occulte et occultée, dans une société bien ordonnée.

©Jean-Paul Gavard-Perret

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