Bernard Gaube, Please Try Again

Bernard Gaube, Please Try Again, Galerie Francis Carrette, Uccle : « Autoportraits », 7-27 février 2015, « Peintures récentes » 5 mars-4 avril 2015. Livre : Bernard Gaube, « Once upon a time » (Galerie Bernard Gaube).

Sérieux comme le plaisir, Gaube change le portrait et la peinture en les corrigeant de plusieurs « absences » volontaires. Parasite jamais monotone des mémoires de l’art, le créateur belge opte pour un jeu de départs et de retours face aux flux et reflux de marées d’ennui. Il demeure sans aigreur du côté de l’iconographie pour s’amuser du destin linéaire de l’art. Dans ses conversations avec Baudouin Oosterlynck (Editions Tandem, Gerpinnes), il précise : « Pour revenir dans ce chemin du peintre que je suis : qu’est-ce qu’un tableau abouti ? Qu’est-ce qui n’en est pas un ? Je pense que dans ce chemin, certaines de ces interrogations sont des tableaux aboutis… dans leur état d’inaccompli. Ils peuvent être terminés et exister en tant que tableau dans ce lieu où il leur reste une multitude d’ouvertures possibles… où le regard devra faire une partie du chemin ». A partir de cette position de principe, chaque œuvre devient le désir d’être au monde par l’acte de peindre, de glisser dans le silence, de s’incarner dans un être capable de représenter un être tout en portant un habit de lumière. Il ne s’agit pas de simplement jeter des couleurs sur la toile mais de s’interroger sur ce lieu même et de savoir comment les poser plutôt que de les y jeter dans le but de dynamiser l’espace en passant de manière alternative de la figure humaine à l’abstraction.

Dans cette double expérimentation où se poursuit une expérimentation picturale et existentielle, Gaube, par la matérialité des couleurs à l’huile, entre en concubinage notoire avec la consistance de la pensée et l’intensité du sensible qui au fil du temps suit divers méandres, configurations et parfois des doutes. Surgissent suivant les cas transparence ou opacité là où les sujets ne sont parfois que des prétextes à des figurations libres quelle qu’en soit la nature. C’est en somme le chemin qui préoccupe Bernard Gaube et non pas le point de ralliement. L’artiste saisit l’impalpable, fouille des impressions fugitives, fait remonter des désirs et des émotions enfouis ou inconnus.

Parfois, en de cruels retours et reprises, l’artiste cultive le trouble par transparence particulière. Elle n’est pas synonyme de clarté mais d’une nudité qui ne laisse rien voir entre évidence (ou ce qui est pris comme tel) et mystère. Au prix parfois de faux plis qui permettent de comprendre ce qu’il en est de la peinture et d’étudier son propre spectacle. Etant son propre personnage devant sa toile, Gaube s’évanouit déjà dans l’assurance de n’être plus lui-même face à ce qu’il crée et où il plonge. Il n’hésite pas à jeter les œuvres qui ne lui conviennent pas afin de ne retenir que celles où rien ne peut se reconnaître. Il propose donc des hypothèses vagues que n’aurait pas reniées un Beckett. Comme lui, il ne peut songer à la grâce vu les drôles d’anges en circulation de par le monde. C’est pourquoi, ôtant sa pelure plusieurs fois, il opte pour cette présence qu’il cerne et qui donne au regardeur un plaisir particulier et inédit.

©Jean-Paul Gavard-Perret

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