Robert Walser, Vie de poète, préface de Philippe Delerm, Editions Zoë, Editions points, Signatures, 2010, 175 pages, 8,30€

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  • Robert Walser, Vie de poète, préface de Philippe Delerm, Editions Zoë, Editions points, Signatures, 2010, 175 pages, 8,30€

Dans la préface, Philippe Delerm dit de Walser qu’il est une chanson, sans doute parce que les différentes nouvelles reprises ici sous un seul titre impriment à la lecture différents rythmes auxquels on ne peut qu’adhérer comme s’il s’agissait de chansons.

La vie du poète est une vie de nomade. Une vie qui se laisse guider par les chemins avec pour ultime but la recherche d’une liberté. Une liberté certes mais pas n’importe laquelle, pas celle qui mène à l’oisiveté détachée de toute réalité mais celle exigeante qui le rapproche de la nature, de ses convictions d’être humain, de la conscience qui le révèle à lui-même. Car le poète, Robert Walser au gré de cette mosaïque qu’on devine presque autobiographique a totalement compris les conséquences directes et les exigences liées à d’une telle vie: intégrité, rigueur, solitude, mise en marge de la société qui ne peut supporter qu’on questionne ses fondements. Car un des rôles du poète est justement la remise en question perpétuelle des structures, des idiomes et des lois de la société établie et bourgeoise qui au contraire du poète ne voyage pas, ne découvre pas, ne rêve pas et n’invente rien.

Chaque nouvelle surprend par son rythme, ses évocations sublimes de la nature telle que le marcheur la rencontre, ses tournures amusées, ses légères ironies joyeuses. Si des thèmes reviennent et harmonisent entre elles les nouvelles, Robert Walser leur rajoute à chacune l’ingrédient magique et souvent original qui fait basculer le lecteur au-delà d’une réalité tout en simplicité et pureté vers une recherche plus profonde d’une autre réalité. Réalité poétique, réalité excentrique à porté d’âme.

Ce livre est intéressant pour les aspects que je viens d’évoquer mais aussi

pour rappeler aux auteurs trop vaniteux et empressés de se voir récompensés par la critique et les prix que le poète est avant tout un homme démuni, humble, pauvre, sauvage dans le sens où rien ne le domestique, rien ne le rend satisfait. Car il a conscience que jamais, il ne sera en mesure de posséder comme on possède un trésor ce à quoi il consacre sa vie loin des sentiers battus. Il se place en porte-à-faux. Il avance parmi des hommes qui ne le reconnaissent pas et ne veulent pas entendre parler du futur qu’il annonce. La conscience et la lucidité acquises au gré des errances du poète Robert Walser consacrent la vie dans ce qu’elle a de plus instantané, de plus pur et de plus naturel mais aussi la fragilisent car elles le font souffrir à cet endroit rendu sensible qu’il partage avec le restant des hommes dans les confins impossibles et inaccessibles à l’existence. Un questionnement ultime reste sans solution, sans réponse, en suspens. La promenade comme le poème et le cosmos qu’il contient ne se trouve pas de fin.

©Lieven Callant

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