Virginia Woolf, « La promenade au phare »

La promenade au phare

  • Virginia Woolf, « La promenade au phare », roman traduit de l’anglais par M. Lanoire, préface de Monique Nathan, stock, Livre de poche, 1927.

La promenade au phare s’ouvre sur un tableau, celui que tente de peindre Lily Brescoe, le portrait de la famille Ramsay dans sa propriété de vacances au bord de la mer. Lire ce fabuleux livre de Virginia Woolf revient à entreprendre la fabuleuse traversée de phrases comme des vagues ou des coups de pinceaux toujours de plus en plus précis, onctueux de matière, de couleurs, d’ombres et de lumières. Lire revient à envisager l’écriture comme s’il s’agissait de se mettre à peindre un tableau. Un tableau en trois dimensions qui prend comme point de départ la question : « Irons-nous demain faire une promenade au phare ? » ou autrement dit « Quel est le but de la promenade qu’est la vie ? » « S’agit-il vraiment d’atteindre le phare, le but final qui illuminerait la vie et qui semble si difficile à atteindre tant les tumultes, les difficultés rencontrées en chemin semblent le plonger dans la brume ? »

Les personnages du roman ont a répondre aux mêmes défis que nous les lecteurs, trouver la voix qui nous libère et nous permet malgré les contraintes qu’impose la société, l’éducation, l’épreuve de la maladie, de la guerre, du temps qui passe à atteindre cet endroit intime au plus profond de soi qui comme un phare est l’axe autour du quel tourne notre identité personnelle.

Le livre comprend trois grandes parties dont la première, « La fenêtre » dresse le cadre, rassemble des personnages dans lesquels on ne peut s’empêcher de retrouver le reflet de Virginia Woolf elle-même. Mrs Ramsay mère attentive et attentionnée envers ses huit enfants et la neuvième plus dépourvue Lily, épouse à la fois sensible et soumise à son époux Mr Ramsay, maitresse de maison bienveillante et attentive pour ses hôtes. Rien n’altère l’harmonie dont elle est responsable. Mr Ramsay est un père absent et quelque peu tyrannique, époux égoïste dont l’amour propre doit toujours être rassuré par la sympathie qu’il demande à sa femme. Dans cette première partie, la trame générale de l’histoire, ne cesse de s’enrichir de phrases qui comme des éclats du temps qui passe, qui constitue aussi ce qu’il y a de plus éphémère et pourtant si nécessaire à accomplir la vie quotidienne. Virginia Woolf met bout à bout, ou superpose, ajuste les éléments de son roman, les phases d’une lente méditation inondée de poésie où l’action a si peu de place.

La deuxième partie du livre fait une parenthèse de dix ans. Dix ans pendant lesquels on apprend la mort de Mrs Ramsay et de deux de ses enfants, dix ans pendant lesquels la maison de vacances se vide, se détériore pour nous confronter à l’inéluctable fuite du temps et au chaos que vie et mort se mélangeant orchestrent sans que nous puissions avoir le moindre impact sur lui.

La troisième partie Le Phare, semble reprendre la phrase non terminée de la première partie, Lily Brescoe et avec elle, Virginia Woolf et ses lecteurs reprennent les pinceaux pour terminer le tableau commencé dix ans plus tôt. Saurons-nous rétablir l’harmonie perdue ? Alors que Mr Ramsay sur le bateau dont il a confié la barre à son fils James atteint le phare, Lily termine son tableau. Mais vu du phare, la maison n’est plus qu’un point qu’il est presque impossible de reconnaître comme le point du départ du voyage et le bateau vu du jardin lorsqu’il atteint le phare n’est plus qu’un trait très mince qui pourtant finit par symboliser une réconciliation, une réponse à un espoir. La vie s’écoule, nous échappe, et la mort nous surprend, nous suspend jusqu’à ce que la vie nous embarque à nouveau sur ses vagues et nous balance d’un petit miracle quotidien à un autre.

Quand paraît « La promenade au phare », Virginia Woolf a 45 ans et est une auteur reconnue et appréciée et des critiques et des lecteurs. Elle a publié « Croisière », « La nuit et le jour », « La chambre de Jacob » et surtout « Mrs Dalloway ». Elle dira de « La promenade au phare » qu’il est probablement le meilleur de ses romans. Je partage cet avis tant ce roman m’a révélé quelques principes fondamentaux de la création littéraire qui consistent à laisser évoluer librement de phrase en phrase le lecteur autour d’une structure stable et claire dont on aura supprimé toute lourdeur superflue comme pour une plante à laquelle on souhaite de grimper légèrement vers la lumière. Toute lecture est un travail d’écriture, écriture qui progresse à côté de celle de l’écrivain qui comme un jardinier laisse grandir dans notre jardin personnel une fleur étrange et imbibée d’un univers qui régale l’existence.

©Lieven Callant

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8 commentaires sur “Virginia Woolf, « La promenade au phare »

  1. Tant que je suis abonné et je ne le serai plus l’année prochaine, j’ai le droit de m’exprimer ici.

    Il est bien de citer le traducteur. Car son travail n’est pas facile. Il est presque impossible de restituer la fluidité de l’anglais (pour ne parler que d’une qualité que tout le monde s’accorde à reconnaître). Par exemple, ce passage: « So loveliness reigned and stillness, and together made the shape of loveliness itself, a form from which life had parted, solitary like a pool at evening far distant, seen from a train window, vanishing so quickly that the pool, pale in the evening, is scarcely robbed of its solitude, though once seen. Loveliness and stillness clasped hands in the bedroom, and among the shrouded jugs and sheeted chairs even the prying of wind, and the soft nose of the clammy sea airs, rubbing, snuffling, iterating, and reiterating their questions « – Will you fade? Will you perish?- scarcely disturbed the peace, the indifference, the air of pure integrity, as if the question they asked scarcely needed that they should answer: we remain. » comporte au niveau de la forme des phases allitérative, des rythmes qui en disent plus que le fond, qui est assez insignifiant. Le contenu philosophique, existentiel de ce paragraphe relève du plus stupide rabâchage introspectif. On est éphémères, on va tous finir par crever, etc. Quelle grande découverte ! Mais la magie de la langue relève le niveau de la pensée. « De la musique avant toute chose, et tout le reste est littérature » selon Verlaine. La personne qui a analysé ce livre a le mérite de donner au profane envie de le lire, elle saisit bien certains « enjeux » mais enfin, je n’ai pas à faire ici l’analyse d’une analyse. Même s’il y a bien la métaphore du « pool » (proche du « whirlpool » que même une Virginia Woolf n’a pas la force de générer au sommet de son inspiration), je pense que ce roman sonne creux au niveau du fond, mais sonne bien au niveau de la forme et que cela, seule la langue originale parvient à le restituer. Même Baudelaire qui est l’exemple d’une communion presque parfaite entre l’auteur et le traducteur (de Poe) ne parviendrait pas à sauver le bruit de citerne vide qu’émettent certaines réflexions de Virginia Wolf (elle se serait finalement rejointe en se jetant dans un puits, si je ne me trompe). Selon Stephen Marlow, E. A. Poe aurait laissé un roman inachevé “The lighthouse at the end of the world” (le titre d’un roman de Jules Verne). Finalement, un tremblement de terre sous-marin provoque un maelstrom qui finit par engloutir le phare. C’est dans l’imagination du romancier mais cela correspond à une certaine réalité : il vous suffit der regarder les tourbillons, vastes mais peu profonds, provoqués par le tsunami de Fukushima. Ces vortex sont générés par le retrait des eaux, qui rencontrent celles qui continuent d’affluer vers le rivage. En tous cas, des phénomènes puissants comme un séisme sous-marin peuvent en générer d’assez vastes et même profonds de toutes les manières. Ce qui est intéressant, c’est de noter que le roman de Woolf gravite autour d’un phare. Cette rotation existentielle qui n’atteint jamais son centre de gravité est elle-même un tourbillon, pareille à celui qui finit par engloutir le phare dans le roman hypothétique, le roman romancé par un autre, de Poe/Marlow.

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  2. Merci Monsieur Daniel Pisters, vos remarques sont intéressantes. La fluidité de la langue de Virginia Woolf, son style portent le livre dont la profondeur vous échappe peut-être parce qu’elle se résume à comprendre ce qui construit une œuvre.

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  3. « Une profondeur qui se résume à comprendre ce qui construit une oeuvre. » en effet m’échappe. En dehors du fait que la profondeur n’est qu’une illusion de la surface (à moins qu’elle ne soit « objectivement » mesurable comme celle d’un puits), les types de profondeurs varient en fonction du genre d’oeuvre. S’il est possible pour certaines personnes de comprendre ce qui construit une oeuvre comme ce roman de V. Woolf, je doute que cela se vérifie également avec un roman de Herman Melville, par exemple. Je pense vous avoir indiqué un principe tourbillonnaire dans la construction du roman de Woolf mais elle n’atteint pas à la figure finale du tourbillon, comme dans Moby Dick (le film de John Huston représente très bien la scène finale de la Chasse : le cachalot blanc percute la baleinière qui commence de sombrer mais l’animal « pervers » ne s’en tient pas là ; il nage furieusement en cercle autour du bateau et provoque ainsi un tourbillon qui l’engloutit – c’est un peu ce que je fais avec votre revue). Il est évident que l’auteur(e) ne doit pas nécessairement représenter le vortex pour écrire un roman à tendance vorticiste. Dans l’Oeuvre au noir, par exemple Yourcenar décrit le médecin qui, emprisonné à Bruges, arrive au centre de la spirale de son destin, et il se suicide dans sa cellule pour éviter d’être brûler vif. Le Phare de Woolf est l’image inverse du puits dans lequel elle s’est jetée : un phare en creux et qui ne diffuse que le rayon noir des ténèbres, à moins qu’elle n’ait cru y trouver un moyen d’atteindre la lune, au travers de son reflet. Toute sa vie n’a fait que tourbillonner autour de l’un comme l’autre, le phare et le puits de ténèbres. Peut-être cela vous a-t-il échappé ? Veuillez m’excuser de renvoyer parfois les boulettes de papier que l’on me jette.

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    1. Si l’on peut penser qu’il existe quelques éléments autobiographiques dans ce roman de Virginia Woolf, on ne peut perdre de vue qu’il s’agit avant tout d’une œuvre de fiction. Virginia Woolf ne s’est pas jetée dans un puits mais s’est noyée dans une rivière après avoir laissé une lettre à son époux. Mais avant ça bien évidemment, elle a mené une vie remplie, elle a écrit de bons romans….sans se laisser obnubiler par des ténèbres ou la destruction. Je ne pense pas que Traversées soit en train de couler avec vous. Voilà suffisamment d’années qu’elle résiste aux tempêtes, ce n’est pas un vortex de lavabo créé par Daniel Pisters qui la fera trembler. HHHHHOOOOOO! 😀

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  4. Tout d’abord il convient de féliciter l’auteur de cette recension inspirante de La Promenade au phare. Je ne suis pas un fan de Virginia Woolf, je la connais mal, mais il me parait bien de se détourner un peu des littérateurs belges, bruxellois, wallons ou français ou encore québécois contemporains pour revenir à de vraies valeurs, indépendamment de la langue d’origine, en faisant confiance au travail des traducteurs qui est souvent aussi excellent que difficile.

    Enchaînons avec le plus savoureux : « vortex de lavabo » est bien le maelstrom à la mesure du regard de la ménagère. De surcroît, « Elle se demande « Mais qu’est-ce qui m’est tombé dessus : danger ! Tornade, ouragan, tourbillon de lavabo, mais danger !» », c’est l’Abonné Depuis 7 ans qui vous a illuminée de cette savoureuse expression et, en bon miroir, vous lui renvoyer quelques mois plus tard son image. Le plagiat involontaire est une des raisons pour laquelle je cesse de collaborer avec certaines revues et essaye plutôt de me concentrer sur la publication d’un livre digne de ce nom, avec une rétribution digne de ce nom plutôt que des coups de pieds au cul.

    Et puis de toute façon, un tourbillon c’est un tourbillon ! Autant sous-estimer la puissance destructrice de Napoléon en la comparant à sa taille !

    Quant à l’insubmersibilité de Traversées, tous les occupants de la Nef des Fous ou du Titanic étaient convaincus de celle de leur bateau. Que ce rafiot continue ou non sa route, honnêtement (le lavabo retrouve ici sa pertinence), je m’en lave les mains. Je sais ce qu’il me reste à faire : réserver à mon expérience avec Traversées quelques paragraphes ou même chapitres dans mon essai « Poésie perdue dans un tourbillon ». L’évocation du petit monde de votre revue y aura une place de choix, presque aussi bonne que celle que j’ai déjà réservée à la revue Indications.

    Quant à Virginia Woolf, vous devez avoir raison sur un point : elle ne s’est pas jetée dans un puits comme j’ai cru pouvoir le retenir d’une lecture concernant sa vie (pas toute une biographie, un article). Elle s’est plus probablement jetée dans une rivière, ce qui donne par l’effet du courant, davantage l’illusion de rester dans celui de la vie tout en trouvant la mort ; plus que dans l’eau immobile d’un puits en tous cas, avec cette horrible perspective d’un petit cercle de ciel enserré par les parois. Je préférais la voir se suicider dans un puits. Cet ennuyeux ce manque de concordance éhonté de la part de la réalité avec certains de mes fantasmes. Sans doute ai-je aussi été influencé par le fait que non loin de chez moi (Dilbeek), un bois porte le nom « Wolfsputten » (puits du loup). Si vous voulez, je vous y amène. Il n’y pas de rivière, mais un ruisseau très pollué et peu profond qui circule au fond de petits ravins. Cela pourrait faire votre affaire, avec un peu de bonne volonté. Par endroit, le ru boueux se rue dans des canalisations de béton assez larges pour permettre à une personne pas trop volumineuse de s’y enfiler pour y cracher ses dernières bulles.

    En étant conscient de tout l’arbitraire que supposent les classifications (revenant souvent à essayer de faire entrer de force un petit cube dans une étoile comme dans le test de Thurstone que vous auriez dû normalement passer avec succès), ce que l’on peut faire entrer dans la catégorie du roman psychologique intimiste anglo-saxon est curieusement comparable à certaines œuvres de Mozart. Le compositeur pousse des trilles, ses accords montent, comme la plante que vous évoquez vers la fin de votre recension, vers la lumière, la gaité, la légèreté, une grâce proche de l’insouciance. Mais il ne faut pas s’ennuyer longtemps avec cette superficialité avant qu’un méchant nuage ne grossisse à l’horizon, que l’orage ne gronde dans le lointain et que les coups de tonnerre ne résonnent de proche en proche. Le ciel se couvre tandis que les lumineux accords continuent de s’égrener au fil de leur gaité qui contraste étrangement pendant que la menace se précise en contrepoint, accentuant cette menace du fait même de ce contraste. Insensiblement, ces sont les accords lumineux et gais qui s’efface devant elle et en deviennent le contrepoint. La tragédie s’abat enfin par bourrasques sur le fragile optimisme enfantin et le Requiem n’est déjà plus loin.

    Enfin, la littérature ne tient pas à l’estomac, et je sens mon Canigou fumer dans l’écuelle. Mon petit museau en frémit. L’intimisme anglo-saxon d’une Virginia Woolf, et de bien d’autres, est comparable à une fragile dentelle de givre que l’on regarde trembler derrière la vitre (je ne parle pas de toile d’araignée car la solidité de celle-ci lui permet de rester fixée dans son coin alors que la maison est détruite par la tempête). Gnap gnap gnap ! Bon le Canigou tout fumant ! Vous êtes assise aux côtés de Virginia près d’un bon feu qui crépite dans l’âtre et la dentelle de givre frémit alors que vous êtes toutes deux bien au chaud. Le pudding cake et les petits biscuits est délicieux à faire croustiller entre les lampées de thé, tandis que « ding-dong-dong-ding, dong-dong-ding-dong », le pendule familiale sur la tablette de la cheminée fait résonner les accords de Big Ben. Heurk ! C’était bien bon. Je laisse le reste pour plus tard.

    Entre vous se tissent des liens subtils (mais oui j’ai dit « pardon » !) comme les fils de la toile d’araignée mais pas aussi solide qu’elle, donc je préfère les comparer à la dentelle de givre. Bwouark ! (celui-ci venait vraiment du ventre) Vous tenez la pelote pendant que Tante Virginia tricote et se raconte. Ses malheurs familiaux, existentiels, sa bisexualité, son double manque d’amour donc, qui trouvent en vous un écho profond et sourd. Je pense que je ne vais pas savoir économiser le reste de Canigou jusqu’à demain. Gnap gnap gnap ! Schlurp !

    Bref, les bourrasques s’amplifient et font gronder le feu dans la cheminée. La dentelle de givre tremble, bombardée de flocons comme la rosace de la cathédrale de Strasbourg endommagée par les Allemands. Je lèche le fond de l’écuelle quand-même ! Je ne décris pas ce que vous faites avec Tante Virginia : une promenade en patins, tout en restant à l’intérieur, dans votre petit palais.

    Puis la tempête s’abat sur vous dans toute sa fureur. La dentelle de givre est pulvérisée. Elle tremblait, maintenant se sont les carreaux qu’elle ornait qui tremblent !

    Je vais faire une piske dehors. Mais, respect ! Je ne prendrai pas le phare pour un réverbère.

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  5. Sans vouloir abuser de votre hospitalité, je vous conseille le recueil de nouvelles de Virginia Woolf: Kew gardens. Le grand avantage c’est qu’il existe en édition Poche Bilingue . C’est en anglais sur la page de gauche et la traduction en français se trouve sur la page de droite. LP10 n°8767, mais je crains qu’il ne soit épuisé comme souvent avec les éditions Bilingue du Livre de Poche. Voici ce qu’ils en disent: « Ces textes très personnels, très concis sont comme des esquisses appelées à trouver leur suite dans des oeuvres plus longues et plus élaborées. On ne saurait proposer meilleure illustration de la pratique moderniste qui permit à Virginia Woolf de renouveler l’art du roman ». En ayant assez de devoir rompre le fil de ma lecture 2 à 3 fois par page pour me plonger dans le dictionnaire, j’ai depuis un an ou deux opté pour la solution du Kindle (liseuse électronique aussi maniable qu’un livre). Si j’appuie sur un mot en anglais que je ne comprends pas, l’Oxford dictionary s’ouvre automatiquement au bon endroit. Il n’est pas facile d’embrasser tout le vocabulaire littéraire de l’anglais, même si l’on maîtrise cette langue au niveau technique, philosophique même.

    J’allais donc vous proposer de terminer ce dialogue sous le régime de la séparation des biens: vous gardez le lavabo, avec en prime une bouteille de Cif, une loque et un pain de savon Le Chat; je prends le tourbillon.

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