La ‘plume arlequine’ de Rome Deguergue =====Chronique de Marcella Leopizzi

Chronique de Marcella Leopizzi

  • La ‘plume arlequine’ de Rome Deguergue :

les mots versus les maux

Je resterai à tout jamais

Infiniment sentimental

Jacques-François Dussottier, Ô Femme

Née à Armentières, dans la région française appelée Nord, d’une mère allemande-italienne et d’un père français, « sous le signe de la dualité séparative et de l’exil permanent lié à la pluralité des nationalités »1, après avoir pérégriné durant deux décennies en Europe, en Arabie, en Iran, aux États-Unis2, Rome Deguergue a depuis quelques années regagné l’Aquitaine de son adolescence, afin de se consacrer à l’écriture et à la traduction. Écrivaine et poète, elle est l’auteur de nombreux ouvrages littéraires embrassant plusieurs genres : poésie3, roman4, conte5, nouvelle6 – la pièce théâtrale À bout de rouge, comportant des notes et autres didascalies du professeur et dramaturge Dominique Unternehr, est encore inédite –.

Venue au monde pendant la seconde moitié du vingtième siècle – ce qui l’a épargnée des conflits mondiaux –, elle a toujours pensé que cette ‘faveur’ ne lui donne pas le droit de ‘se taire’ à propos des crimes subis par ses ‘frères’ ; d’où sa vive critique contre l’insouciance, ou pire, le détachement envers les horreurs du passé, et, en conséquence, son ouverture à l’‘autre’, à l’étranger-frère ainsi que son attention envers les ‘cris’ actuels de douleur et de souffrance : aspect qui est à la base de son intérêt pour la pensée géopoétique de Kenneth White7 ainsi que de son choix de pratiquer la géo-poésie8 et de créer des Ateliers De Plein Air – Champs de géo-poésie9.

Âme sensible et analytique, Rome Deguergue a toujours lu et aimé la littérature ; et, elle a notamment subi trois influences majeures : le Romantisme, les Lumières et la Géopoétique.

Jeune femme, elle s’est intéressée au Sturm und Drang et son esprit était extrêmement épris de romantisme exacerbé : des sentiments violents, exclusifs, abrasifs ; par la suite, via l’étude et les expériences de vie, elle n’en a conservé que la quintessence : faite d’allégresse, de joie de vivre, d’élévation d’âme. En effet, après « tempête et passion », elle s’est orientée de plus en plus vers la résiliation, vers l’esprit de concorde et d’acceptation de ce qui est, du vivant et des choses.

Aussi, d’abord intéressée notamment à l’œuvre des poètes allemands Goethe, Hölderlin, Schiller, Novalis– et tout précisément très ‘sensible’ au poème de Goethe Der Erlkönig(Le Roi des Aulnes)10, les figures du père et du jeune enfant jouant une valeur emblématique dans son esprit11 –, puis, aux ouvrages d’autres écrivains tels Rousseau et Hugo, et, ensuite, à la philosophie des Lumières, Rome Deguergue associe-t-elle harmonieusement dans son esprit les thèmes romantiques, concernant la liberté, la nature, le mystère, les ténèbres, l’obsession, la souffrance, avec les idéaux cosmopolites des Lumières de justice, fraternité et égalité. En outre, dès sa plongée  en Géopoétique, elle trouve le déclic qui oriente son regard sur le « grand dehors » et qui pousse sa plume vers la géo-poésie. De ce fait, écume du dire et du faire, du ressentir et du penser émanant de ces principaux mouvements de pensée confrontés – Romantisme, Lumières, Géopoétique –, son écriture donne naissance à une voix plurielle, voire satellitaire et même ‘chaoscosmique’, qui exprime l’allégresse d’être au monde et pose des mots contre les maux12.  

[…] après deux décennies de vagabondages ponctués de lectures de textes majeurs, la rencontre / révélation avec les travaux de Kenneth White et de son épouse, Marie-Claude White au sein de l’Institut de Géopoétique. Les photographies de cette dernière, objets du recueil intitulé « Art naturel ou Artefact – La photographie comme medium de la connivence » me plonge toujours dans une profonde méditation et j’évoque ici volontiers la série Géomorphoses où Marie-Claude White  (je la cite) : « trouve les pistes [qu’elle veut] suivre : la grève, l’œil attentif aux formes naturelles, le rapprochement de la nature et de l’art, la connivence de l’homme avec le monde »13.

Inspirée par les paysages et les cultures, elle vit l’écriture comme un acte d’amour, et, en accord avec l’esprit de la géo-poésie, elle parle homme, vie et surtout lieu – qu’il soit réel ou imaginaire – : elle mêle son corps aux gerbes de blé, aux fleurs, aux roses, aux tulipes, aux cerises, au ciel, à la lune, aux étoiles, à la pluie, au vent, à la mer, à la terre, à l’herbe, aux pierres … Tout cela, grâce à sa propension innée – qui rappelle celle de Guillevic – à pénétrer le ‘dedans’ de tout ce qui l’entoure.

Tout comme le costume d’Arlequin, qui est formé d’une multitude de losanges d’étoffes multicolores constituant un tout-qui-se-tient harmonieux, la plume de Rome Deguergue offre de multiples facettes : elle se compose de genres différents et de thèmes divers ; et, qui plus est, elle rassemble des fragments de pensées insufflées par différents auteurs majeurs, ainsi que diverses expressions et mot éprouvés dans une autre langue que la langue française. En outre, elle présente une écriture variée où la typographie se révèle être un élément important : à titre d’exemple, il suffit de rappeler que Visages de plein vent présente une alternance d’encre noire, rouge, bleue, verte, orange ;le livre Vapeurs fugitives. Carmina contient deux recueils poétiques, écrits à l’encre noire, rouge, bleue, verte, orange, riches en réflexions faites à plusieurs voix et en plusieurs langues : anglais, espagnol, italien, turc, roumain ; Nabel offre un mélange de plusieurs genres littéraires : roman, témoignage, conte, journal intime, nouvelle, poésie et essai. Cependant, même dans la variété formelle et dans la diversité des genres et des thématiques, l’œuvre de cette écrivaine et poète se présente strictement reliée et est caractérisée par le même fil rouge : l’individu – homme/femme – et son être au monde : dans le monde et avec le monde.

Entre poésie et prose poétique, souvent accompagnée de photos de Patrice Yan Le Flohic, dit PYLF, géologue, peintre, photographe, illustrateur de recueils de poésie, l’œuvre de Rome Deguergue est une voix importante de la littérature contemporaine qui, de la même façon dont le fait PYLF par son travail pictotofographique – effectué sans l’appui d’aucun logiciel de retouche –, questionne le monde, recherche, découvre, propose et imagine.Presque complètement dépourvue de signes de ponctuation, l’écriture de Rome Deguergue suit le flux de la pensée, des doutes, des souvenirs, des espoirs, des désirs, des sentiments, des sensations, des intuitions : elle procède par images, allusions, tranches de vie, tableaux de la mémoire.

Riche en jeux typographiques, mots enchaînés14, jeux de mots15, néologismes16, citations, mélanges de mots et d’expressions italiens, latins, anglais, allemands, et termes scientifiques, propres aux domaines de la géologie, de la géographie, de la botanique et de la cosmologie, la plume de Rome Deguergue vise à défier les ‘limites’ de la langue pour donner naissance à une liberté linguistique – basée notamment sur l’hétérogénéité des registres et des langues – qui se veut le reflet d’une liberté culturelle et mentale. En soulignant que l’on ne peut par être libres si on prive l’autre de sa propre liberté, elle fait du texte un lieu de liberté apte à rendre supportables la mort, le mal, la souffrance, la culpabilité, la routine monotone, l’inquiétude du sentiment amoureux. Elle lutte contre tout tabou et toute violence, et trace une vie de projets, de commencements, de recommencements, de départs et d’arrivées. Elle exprime la joie d’être, d’être en ce monde d’aventure, qui est un don.

Collage de vies, dialogues, langues, cultures, ouvrage après ouvrage, la voix de Rome Deguergue sollicite le sentiment de fraternité, voire le respect des différences, et réclame la tentative de cultiver un certain contentement à être au monde, malgré tout ce qui fâche et révolte.Tous ses ouvrages révèlent la passion du « je » pour les paysages pluriels, le monde animal et minéral ; il s’agit d’un « je » qui ne se sent nulle part un étranger et qui vit en symbiose avec la nature, le ciel, la mer, la communauté humaine, la ville, et surtout l’ailleurs. Un ailleurs qui est à la fois ‘jardin du souvenir’ et ‘jardin des projections futures’ : lieu de nostalgies, qui fait sentir la présence dans l’absence en dépassant tout, même la mort, et lieu d’imaginations, de rêves et d’espoirs.

En s’étendant sur des paysages pluriels à travers les différentes saisons, la voix de Rome Deguergue établit un rapport solide entre « je » et « autre », passé et présent, mémoire et oubli, peur et espérance. Le « je » ressent une empathie profonde pour le « tu », notamment s’il s’agit d’un « tu » souffrant : le pauvre, le prisonnier, le torturé, l’écartelé, l’abandonné. Les voix d’autrefois se croisent avec celles d’aujourd’hui, les migrations du passé se transforment dans la « volonté d’aller, d’aller an avant »17.

D’un ouvrage à l’autre, la plume de Rome Deguergue trace un voyage aux sources dans la tentative de comprendre pourquoi cette vie, pourquoi la vie, pourquoi la mort, pourquoi l’amour (cf. Accents de Garonne, Visages de plein vent, Mémoire en blocs) ; elle pose des interrogations sur le pouvoir, les drames de l’Histoire, la ‘polyphonie’ du monde, le devenir de la langue, l’incommunicabilité (cf. Nabel). En esquissant un hymne à la nature, elle offre une satire ironique de la dégradation des mœurs et elle recherche une autre humanité (cf. Carmina). Elle exhorte à accepter le réel, le quotidien, et à le transcender par une attitude quiétiste empreinte de poésie (cf. Accents de Garonne). Au travers, entre autres, de l’image des oiseaux migrateurs et des oiseaux locaux se partageant un territoire préservé, ellerêve de paix (cf. Visages de plein vent) et lutte contre l’‘oubli’ des ‘cris’, des ‘barbelés’ et des barbaries du passé (cf. Mémoire en blocs). Face à ce qui est détruit, défiguré, elle propose un contrepoids dans la croyance d’une forme d’amour salvateur (cf. Exils de soie).

Énergie destinée à atteindre le lecteur pour lui donner « un ailleurs plus ici qu’auparavant », voix de femme qui mentionne souvent d’autres voix féminines – Colette, George Sand, Hélène Dorion, Vénus khoury-Ghata –, la voix de Rome Deguergue offre une réflexion sur la multiplicité de l’être et envisage la diversité comme une richesse et non pas comme un obstacle. Pour ‘bâtir’ un monde meilleur, elle suggère de combattre pour l’amour contre la mort, et de se sentir des citoyens de la terre (cf. Couleurs et rêves de la femme arlequine). Proche du monde, de l’homme et de la femme, elle perce les mystères de la condition humaine, et, en se plaçant du ‘côté’ de la femme, elle pénètre les secrets de l’entremêlement des sexes, de la rencontre à deux, de la fusion de la chair et de l’esprit : du rapport entre deux corps et de deux âmes ou bien seulement entre deux corps. De ce fait, elle esquisse plusieurs types d’images féminines : femme proie, femme amante, femme violée, femme prostituée, femme consolatrice, femme ange, femme-mère source de vie :

Femme matador nue / renversée par le taureau (Femme torero). Femme arlequine d’Henri Matisse / sensuelle sereine à demi dévêtue / les mains croisés sur le ventre / suggèrent ici le lieu de l’offrande. (Odalisque). Femme offerte lascive à celui / qui peint & ne pense qu’à l’œuvre. / Femme aimée dévorée du regard / possédée bientôt par le pinceau. (Le peintre et le modèle). Aller jusqu’à l’impossible où / les corps aimantés encastrés / gésines plurielles d’orgasme / ne s’étonnent plus de rien (Viennent)18.

Tantôt source d’émerveillement, voire de fascination, tantôt de terreur, l’« entremêlement des sexes » engendre différents types de rapports je-tu : d’où l’amour charnel, l’amour spirituel, l’amour maternel, l’amour romantique, l’amour volé, l’amour libre, l’amour-aventure, la sexualité tarifée (cf. Androgyne). Ange, amante, proie, prostituée, victime humiliée, ‘objet’ de fantaisies érotiques, la femme peinte par la plume de Rome Deguergue passe des rires aux larmes, des sensations de jouissance et d’allégresse aux sentiments de nostalgie et de regret, sans jamais ‘se rendre’ au désespoir total : même lorsqu’elle se donne physiquement malgré elle ou qu’elle est prise par la force, son âme ne s’est pas rendue, elle lutte et s’envole vers un « éternel sur-humain ». Aussi, aimée, désirée, exploitée, abandonnée, cette femme symbolise-t-elle tous les ‘émigrants de la terre’ qui vivent l’« in-quiétude », l’exil et/ou l’exode de l’intériorité et qui ont besoin de passer du chaos d’une société déshumanisée offrant des « paradis artificiels » à l’ordre de l’unité. Femme à la personnalité forte, la figure féminine de Rome Deguergue incarne l’esprit de tous ceux qui s’efforcent de réussir et de gagner en se basant sur leurs propres forces : qui veulent dépasser leurs peurs et oublier les injustices et les humiliations reçues dans la tentative de ‘retrouver la source’ et d’atteindre à la ‘pureté originelle’.

Écriture-quête, recherche d’une forme d’amour simple, humain, nécessaire, vital, l’œuvre de Rome Deguergue se place entre la géo, le cœur de la terre, et la hauteur qui nous fait planer : d’où une poétique du lieu qui est poétique de l’eau, du ciel, du vent, de la terre, de la nature, de la ville vécue et à vivre. À cette époque de mondialisation et de perte des identités, l’esprit d’ouverture ‘cosmopolite’ tracé par la plume de Rome Deguergue, loin de disperser les racines identitaires et les particularités, permet une meilleure connaissance de soi-même et du monde : il pénètre l’histoire et apprend à ‘lire’ l’univers en l’envisageant comme une réalité multiple et variée.

Imprégnée de données personnelles – témoignant de son exigence de ‘se raconter’ – ‘mises en poésie’ en clé transpersonnelle, voire universelle, l’œuvre de Rome Deguergue marche dans la couleur du temps (cf. … de par la Reine … marcher dans la couleur du temps)et, par chants, hymnes, prières, silences, cris, elle traverse la vie humaine, animale, végétale, minérale, aquatique, spirituelle et cosmique. Elle rappelle que chaque moment à ses couleurs, le vert de l’espoir, le blanc de la pureté, le rouge de l’amour et de la passion, le jaune de la joie, le noir de la mort … et que dans chaque âme se cache une ‘reine’ avec tous ses rêves et toutes ses souffrances. Chacun a sa ‘Versailles’, et, de l’époque versaillaise, tout s’envole avec le temps (« jours et lunes ») : amours, amusements, aventures, secrets, peines, rêves, envies, honneurs, solitudes, beautés, richesses. Or, l’homme n’étant qu’un passeur, son but devrait être celui de (ré)inventer et de laisser en héritage un monde plus ‘juste’.

Refermer la grille

ne pas se retourner

ni   naître  ni   mourir

cultiver    l’ex ode

Aller …19

Être éphémère et nomade, l’homme est un pèlerin en quête d’inachevé et d’inassouvi, qui, pour exister, a besoin du partage, de l’échange et de l’accueil de l’‘autre’.

Écriture traversière visant à aider les enfants20 à ‘réaliser leurs rêves’21 et à aider les adultes à (re)trouver la ‘partie’ manquante de leur « moi », la voix de Rome Deguergue stimule une ‘marche’ pacifique vers l’union des peuples ainsi que le respect pour l’environnement, pour le monde « du vivant et des choses », et pousse à adopter une attitude de vie équilibrée et déterminée. Moteurs pour « aller », pour effectuer l’errance du cœur contre la solitude, le désespoir et la mort, les mots de Rome Deguergue ne servent pas à ‘fuir’ mais à vivre : à être au monde le sourire aux lèvres.

Du fait de ses origines, ses voyages, ses expériences et ses études, Rome Deguergue vit depuis toujours un dialogue continuel avec l’autre, comme en témoignent ses ouvrages, sa participation active à l’intérieur des prestigieuses associations dont elle est membre22, et la création d’Ateliers De Plein Air – Champs de géo-poésie. En effet, même si, à mesure qu’avance le progrès, la littérature et tout particulièrement la poésie semblent de plus en plus destinées à être mises en sommeil, de fait, observe Rome Deguergue, sans poésie la vie est moins supportable. Car la poésie ne se contente pas de passer en revue les beautés de la nature, les délices de l’amour, mais exhorte imperceptiblement, en parlant directement au cœur, à devenir meilleurs. La poésie, donc, sert à l’âme parce qu’elle pose des jalons pour aller à la rencontre du monde, des choses et du vivant23 … Et Rome Deguergue de ‘donner l’harmonie’ et de ‘soigner les blessures’ par sa p(r)oésie, et d’apporter une nouvelle énergie à la scène littéraire. Écrire, et en conséquence lire, soutient Rome Deguergue, c’est donner une éclaircie à notre être inquiet : c’est offrir une possibilité de mieux respirer et de mieux savourer le monde.

Voyageuse polyglotte et polyculturelle, toute sa vie durant, notre poète a considéré l’écriture comme une pulsion sans frontières : son seul pays d’appartenance étant la poésie, et ses mots un exil au centre du réel. Dans toute son œuvre, par une langue poétique qui va vers le poème en prose, plus poème que prose, elle regarde le monde avec le regard de la poésie et suggère au lecteur que nous avons besoin de poésie, à notre époque de science et de communication simultanée. L’homme est un loup pour l’homme, rappelle Rome Deguergue. C’est pourquoi, il faut écrire pour ceux qui ne savent pas, qui ont oublié, qui ne veulent pas savoir.

Giuseppe Ungaretti a dit que « seule la poésie peut récupérer l’homme » ; dans cette optique, la voix de Rome Deguergue est une immense leçon pour le monde actuel presque complètement divisé : pour ceux qui causent les maux et lancent des menaces, pour ceux qui n’agissent que sur la lignée de l’argent et de la vile matière. Par la géo-poésie on pourra, peut-être, sortir de notre sclérose historico-culturelle.

Porte-parole des voix des aïeux, des hommes et des femmes, en cette aube du XXIe siècle ainsi que du IIIe millénaire, la voix féminine de Rome Deguergue occupe une place importante dans le monde des Lettres. Renommée dans et hors de l’hexagone, notamment en Allemagne, Belgique, Italie, Roumanie, son œuvre a été récompensée par de nombreux prix littéraires nationaux et internationaux24, et, d’après nous, elle sera de plus en plus lue, appréciée et étudiée.

Écriture de femme organisée au gré des pulsions d’un « je » arlequin, voire multiple, des réflexions nostalgiques, des souvenirs, des sensations, des intuitions, des émotions et des rêveries, la plume de Rome Deguergue mérite toute notre attention et celle des éditeurs. En ce début confus du troisième millénaire, le lecteur trouvera dans sa parole la voix/voie pour voyager, dialoguer et rêver.

©Chronique de Marcella Leopizzi

2 « Rome : est-ce un nom de la destinée ? Ce nom contient Rome, la « ville » qui unifie le Sud et le Nord, l’Orient et l’Occident, le lieu spirituel, et Rom, le sens d’aller par le monde, pour nous dire que la vie est voyage et mouvement, et amour ». Giovanni Dotoli, « Rome Deguergue ou le visage du vent », in Rome Deguergue, Accents de Garonne. Visages de plein vent. Mémoire en blocs, Fasano, Schena, 2004, p. 5.

3Marmara, de l’île des Princes à l’île de la Cité, Paris / Istanbul (Encres Vives, collection Lieu, Colomiers, 2003) ; Accents de Garonne. Visages de plein vent. Mémoires en bloc (préface de Giovanni Dotoli, Fasano, Schena, 2004) ; Vapeurs fugitives. Carmina (illustration de Dominique Médard,Fasano, Schena, 2004) ; Ex-Odes du jardin, variations & autres collages d’intemporalité (Paris, Alain Baudry et Compagnie, 2008) ; … de par la Reine … marcher dans la couleur du temps (préface de Jehan Despert, Fasano-Paris, Schena-Baudry, 2009) ; En chemin (bilingue français / allemand, éditions En Forêt / Im Wald, Rimbach, 2008) ; Couleurs & rêves de la femme arlequine (bilingue français / allemand ; traducteur Rüdiger Fischer, Paris, Alain Baudry et Compagnie, 2011) ; De pluies et de saisons (géo-poèmes traduits en quatorze langues – en albanais, allemand, anglais, chinois, espagnol, grec, hongrois, italien, japonais, polonais, portugais, roumain, russe, slovaque – Timisoara, ArtPress, 2012) ; Androgyne (binôme avec le poète et peintre Michel Bénard, préface de Jacques Viesvil, Paris, Société des Poètes Français, 2013).

4Nabel, préface de Salah Stétié, illustration : Nus bleus de Dominique Médard, Paris, L’Harmattan, 2005.

5Malou, Elliot & les quatre bougies, Fasano, Schena, 2008.

6Exils de soie, (préface de Giovanni Dotoli, Fasano, Schena, 2003) ; Amnesia (Napoli, éditions de l’université de Naples, 2013).

7Professeur, poète, homme de voyage et de dialogue d’origine écossaise, Kenneth White a créé en 1989 l’Institut International de géopoétique à Trébeurden, en Bretagne, en se proposant comme but de donner importance à une « littérature-monde » qui côtoie et tutoie toutes les langues du monde ainsi que de ‘(re)mettre à l’écoute’ de la vie minérale, animale, végétale, cosmique, « chaoscosmique ». Voir : Kenneth White, Le poète cosmographe :vers un espace culturel. Entretiens 1976-1986 recueillis et présentés par Michèle Duclos, Talence, Presses universitaires de Bordeaux, 1987.

8 « Tout est parti du choc éprouvé dans la seconde partie de mon enfance, à l’arrivée dans le sud-ouest de la France. Choc émotionnel indicible introduit par la polysémie du sentiment océanique ; ici traduit en un ample va et vient entre l’intériorité et le grand dehors, entre contemplation et méditation, profonde joie inexpliquée générées par le regard porté sur l’horizocéan ; la – totalité du paysage objet infini dédié à l’observation attentive – tous sens confondus – des grandes amplitudes et autres mouvements puissants des marées d’équinoxe bleus émeraude de l’océan atlantique frangé d’écume murmurante affleurant sur le long cordon littoral raisonnant / résonnant d’explosions salines frappant, érodant les blockhaus de béton/tombé et peuplé d’appels d’oiseaux de mer navigant dans de vastes ciels purs ou encombrés, en contrepoint à ceux : sombres, bruns et verts, plus « ramassés » en un lieu sans grande perspective, sans vue élargie, autre que sur les crêtes des collines et en œuvre dans les profondes forêts sarroises de la petite enfance, habitées de biches et de lièvres farouches, résonnant de cris d’animaux diurnes et nocturnes souvent invisibles, et balisées par d’impressionnants amas de roches grises. […] Qui découvre un nouvel univers peut s’attendre à un nouvel élargissement de son horizon tant mental que physique ; embrassement et saisissement du vaste, […] suscitant chez moi, très jeune, le goût d’habiter la terre en poète, le plus complètement possible, par la pratique sportive ; […] par un intérêt croissant pour les sciences et le désir de trouver un équilibre, une interpénétration de l’art humain, trop humain avec l’art de la nature. Et ce, par voie de conséquence suite au choc d’une rupture, d’une perte, d’un déplacement. Choc. Double, voire triple : affectif, linguistique et géographique ». http://romedeguergue.wordpress.com/ateliers-de-plein-air/

9 Rome Deguergue a créé des Ateliers De Plein Air – Champs de géo-poésie dispensés en direction de jeunes publics, du primaire à l’université, et de publics migrants jeunes et âgés, apprenant la langue française tant en France que hors de l’hexagone, et finalisés à encourager à « apprendre à lire les lignes de la terre, à voir le réel, tel quel » et à favoriser une ouverture transdisciplinaire, translinguistique et transculturelle. Aussi, auprès de jeunes publics, élèves, collégiens et étudiants d’Italie, de Roumanie, de Pologne, d’Allemagne et de Hongrie ainsi qu’à Bordeaux, dans une forme d’enseignement expérimental parallèle, pratique-t-elle cette ouverture d’esprit, ce déplacement du regard pluriel sur les paysages, destinés à les (re)-découvrir, les décrire de manière tangible, graduelle, consciente, à l’échelle humaine et cosmique. Les ateliers de plein air, au cours desquels l’adage suivant de Maître Eckart ‘‘Avance dans ton propre territoire et apprends à te connaître’’ joue un rôle de tout premier ordre, sont organisés autour de trois phases principales : « proménadologie réflexive », « fabrication de brefs géo-poèmes », « restitution ». Les jeunes, observe Rome Deguergue, sont « volontaires pour faire des recherches à la bibliothèque ou sur la toile. Ils compulsent des sites, des livres d’histoire, de géographie, de géologie, de poésie et les dictionnaires et (re)trouvent goût, dans l’allégresse à composer leurs textes de géo-poésie dans leur langue native ainsi qu’en langue française. Et ce faisant, ils remarquent qu’ils se sentent plus à leur aise, désentravés, mieux informés, dotés de ces mots précis d’un vocabulaire spécifique, d’abord inconnu, puis recherché et enfin trouvé par eux-mêmes, connu / inconnu / reconnu, tel un vocable porteur, vecteur de sens, véritable marqueur, jalon tangible de leur expérience éprouvée sur le terrain. […] Éclairante est aussi la lecture de leurs géo-poèmes – créés en deux langues, la native et la langue française, (parfois même la langue régionale, le patois), accompagnés d’illustrations, de photographies, (apparaissant sur un diaporama), de créations d’arts plastiques, de musiques, de chants, de danses, de mise en espace donc, proposés lors de la restitution de l’atelier à un public élargi ». Pour des approfondissements voir le site internet : http://romedeguergue.wordpress.com/

10Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ? / C’est un père et son jeune enfant. / Le père étreint l’enfant contre lui, / L’enfant, au chaud, se tient blotti / […] / Mon fils, mon fils, je vois, je vois bien, / ce sont les grands saules gris du chemin. / […] Le père tremble, il presse son cheval, / serrant contre lui l’enfant terrifié. / Brisé, il touche au port. / Entre ses bras, son enfant est mort.

11 Orphelin, abandonné par sa jeune mère à la naissance, homme à la forte personnalité, prisonnier de guerre – trois fois évadé et deux fois repris -, le père de Rome Deguergue occupe une place fondamentale dans l’âme de sa fille et, sa figure presque sacrée marque de son empreinte, de façon ‘discrète’, toute l’œuvre de notre écrivaine.

12 Giovanni Dotoli, En marche laisser jaillir les mots des maux en marge!, extraits de critiques et autres entretiens à propos de l’écriture de Rome Deguergue 2003-2013, Fasano, Schena, 2013, quatrième de couverture.

13 Rome Deguergue, « Formation / déformation écumes vagantes du dire livresque », http://romedeguergue.wordpress.com/ateliers-de-plein-air/

14 À titre d’exemple nous mentionnons les mots enchaînés suivants : « ex-ode », « rêv-olution », « re-connaissance », « ins-& expirations », « chaoscosmos », « dés-espérance », « ré-solution », « horizocéan ».

15 À titre d’exemple nous mentionnons les jeux de mots suivants : « mer mère », « maux mots », « raisonnant résonnant », « voix voie ».

16 Voici des néologismes onomatopéiques : « mljjjjjjjjjjjjjjjjjjjjophyiuuuuppp », « chuttttttttt », « fffffffffeeeeeeeeeezzzzzzzzzzwwwaaa ».

17Giovanni Dotoli, Le chemin de l’appel, introduction à : Rome Deguergue, « Québec ! Québec ! », Rivista di Studi Canadesi,n. 22, 2009, p. 61-66.Rome Deguergue, « Québec ! Québec ! »,introduction par Giovanni Dotoli, Rivista di Studi Canadesi,n. 22, 2009, p. 67-78.

18 Poèmes contenus dans le recueil : Couleurs & rêves de la femmes arlequine, cit., p. 16, 18, 20, 60.

19 Rome Deguergue, Amen, poème in Ex-Odes du jardin, variations & autres collages d’intemporalité, cit.,http://romedeguergue.wordpress.com/extraits-de-communications-de-rd/

20 Les enfants sont envisagés, tout au long de son œuvre, comme un réservoir infini d’enthousiasme, de possibilités, même linguistiques, et de parcours nouveaux

21 Voir : Malou, Elliot & les quatre bougies, cit.

22 À titre d’exemple nous citons : l’ARDUA (Association Régionale des Universitaires d’Aquitaine), le SIAM (Société des Amis de Montaigne), la SPF (Société des Poètes Français), le P. E. N. Club français, l’Institut international de Géopoétique, l’Union des écrivains de Timisoara, le Cénacle Européen Francophone de Poésie, des Arts & Lettres de Paris.

23 Giovanni Dotoli, Dialogues imaginaires avec mes poètes ou de la critique vivante. Du Moyen Âge au XXIe siècle, Paris, Baudry, 2010, p. 347-356.

24 À titre d’exemple nous mentionnons les prix suivants : Prix de la Fondation ARDUA (ville de Bordeaux) en 2002, 2005 et 2008 ; Prix Marisa Borrini (ville de Bergerac) en 2003 ; Prix Marcel Beguey (Société des Amis de la Poésie de la ville de Bergerac) en 2005 ; Trophée Michel de Montaigne (Centre Européen de Promotion des Arts et des Lettres de Thionville) en 2007 ; Prix du Roman (Association Arts et Lettres de France) en 2006 ; le Grand Prix Européen de Poésie et Lettres ‘Virgile’ en 2008 ; le Grand Prix de Poésie (Fondation Foulon de Vaulx de l’Académie de Versailles) en 2008 ; le Grand Prix de la Société des Poètes Français, en 2009 ; Médaille d’argent de l’Académie Internationale de Lutèce, en 2013 ; Médaille du mérite littéraire, Centre Européen pour la Promotion des Arts et des Lettres, en 2013.