L’accomplissement de l’amour – Eva Almassy – Éditions de l’Olivier.

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  • L’accomplissement de l’amour – Eva Almassy – Éditions de l’Olivier.

Eva Almassy explique en exergue qu’elle a transposé une nouvelle de Robert Musil à l’époque des réseaux sociaux. Elle arpente les territoires du sentiment amoureux et développe le thème de l’infidélité : entre tromper et trahir, où se situe la nuance ?

Dans ce roman, l’auteur autopsie le couple à travers le duo Béatrice et Angel dont elle retrace le passé. Le passé, Jérôme Prieur le définit comme « une bombe à fragmentation dont les particules restent fichées à l’intérieur du corps ». Le récit s’ouvre sur un différend agressif, des injures, des menaces : « Tu le regretteras » et le départ de l’héroïne. Celle-ci se décrit sans complaisance, « en négatif » et constate l’usure de son couple. L’addiction à l’ordinateur vient combler l’absence de dialogue, de partage avec Angel, « l’homme qui ne lui avait pas fait d’enfants », « un poids mort », « un masque de silence » depuis vingt ans, responsable de son corps sclérosé.

Pour tromper sa solitude et compenser sa carence affective, Béa va surfer sur un site de femmes. On peut s’interroger sur sa recherche d’une femme. Chercherait-elle « une compensation, une mère, un nuage de maternité » ? Aurait-elle une orientation bi ? D’ailleurs son pseudo « Bee » sera source de quiproquo pour Vanessa qui, très vite, va lui déclarer sans détours sa flamme, en la bombardant de mails.

Mais où Béatrice fuit-elle, avec autant d’euphorie ? Qui va-t-elle donc rejoindre ?

La narratrice nous tient en haleine dès le début et nous entraîne dans leur traversée de Paris, rythmée par l’écoulement des minutes s’évaporant « avec une paresse toute dominicale » ou les battements de cœur. Le récit épouse des lignes droites symbolisant la détermination de Béa, ou la flèche de Cupidon et des circulaires pour traduire son approche de l’inconnu ou les heures de la nuit encerclant la chambre.

Cette parenthèse amoureuse articulée en trois temps n’est pas sans rappeler le roman de Jean-Marc Parisis : Avant, pendant, après. Avant : c’est Béa, seule, qui aspire à l’accomplissement de l’amour, qui transpire de désir. On est témoin de son embrasement pour cet inconnu ou presque. L’inconnu, n’est-ce pas ce que l’on désire, ce qui est désirable chez l’autre ? Son emballement est palpable à la veille de la rencontre en chair et os. L’auteur sait décortiquer les états intérieurs de Béa causé par cette passion naissante. On pense au film Le temps d’une aventure où l’héroïne s’offreune passion d’un jour avec un inconnu.Et si son salut venait de sa rencontre avec un autre homme ? Pendant : c‘est la relation tendre, charnelle et fusionnelle des deux protagonistes, des étreintes , des baisers fougueux à la Rodin.

Après :c’est Béa qui retourne à sa solitude et sombre dans les affres de l’auto apitoiement. Dans de longs monologues, elle confie son désarroi de mener cette « vie de chien », depuis qu’Angel n’est plus qu’un « cinglé qui veut devenir un pur esprit ». Sa désillusion lancinante la rend pathétique. Faut-il conclure que des amours clandestines engendrent frustration et chagrin pour l’un et culpabilité pour l’autre ? Peut-on accepter une vie amoureuse dans l’ombre, l’attente et le mensonge ?

Eva Almassy nous plonge dans les pensées intérieures de l’héroïne. Béa, en femme échaudée prodigue à ses congénères de précieux conseils : « Femmes, mes sœurs, fuyez, ne faites pas comme moi, sauvez vous ». Parmi les digressions, elle se remémore la position d’une psychologue concernant les couples sans amour, qui y voyait «  de la bestialité ». Toutefois, l’auteur ne cherche pas à généraliser les conséquences d’une aventure clandestine, elle montre juste le fiasco pour Béa.

Le récit est scandé par les phrases : « C’est invraisemblable », « C’est incroyable », « C’est inimaginable », traduisant les états d’âme de Béa, un vrai maelström.

Eva Almassy explore le délitement du couple (mensonges, adultère, lassitude), aborde les relations amoureuses virtuelles qui ouvrent la porte aux frasques extra conjugales et en pointe les limites et les dérives. Elle interroge l’état des relations entre hommes et femmes liées à la trinité : désir, plaisir, souffrance et décrit avec justesse l’état psychologique de ce trio. Au final, l’héroïne se livre à un travail d’introspection d’une lucidité sidérante et douloureuse. Sont évoquées les ombres tutélaires de Virginia Woolf et Bergman. Eva Almassy signe un roman troublant, très contemporain, servi par une écriture fiévreuse, empreinte de sensualité dans lequel elle explose toutes les illusions possible sur l’amour.

©Nadine Doyen

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