Françoise Lassalle, Du ciel au Sertão: une escale au Brésil, (éditions Raison et Passions (1) (212 pages – 16€)

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  • Françoise Lassalle, Du ciel au Sertão: une escale au Brésil, (éditions Raison et Passions (1) (212 pages – 16€)

Françoise Lassalle nous embarque au Brésil et nous plonge dans les coulisses de la préparation d’un vol (étude des conditions météo, briefing…).

Elle sait nous harponner créant le suspense dès le prologue en distillant des mots clés.

Quels sont donc ces « événements criminels » évoqués,« ces exactions » commises ? Qui sont « ces trois hommes menottés » qui causèrent un tel traumatisme chez Karine, jeune navigante, qu’elle en frissonna en les revoyant ? Que leur reproche-t-on ?

On découvre que l’équipage a été convoqué par le colonel Figueiras pour une reconstitution des faits. Le ton intransigeant du colonel laisse deviner des failles, des doutes quant aux premières dépositions faites. Érico ne militait-il pas en faveur de leur libération ?

L’auteur nous fait revivre le vol du 22 décembre 2008. Toutes les phases du décollage sont décrites avec une telle précision que l’on se sent comme Eva « arrachée du sol ».

On suit chacun des « onze globe-trotters » dans leurs activités spécifiques et parfois dans leurs pensées intérieures. On assiste aussi à la naissance d’aimantation entre certains passagers et personnel. On note la présence de passagers bien particuliers. Eva, la seule à avoir une double culture nous initie aux rites religieux du Brésil, ce qui apporte un dépaysement pour le lecteur.

Le récit permet d’appréhender en filigrane la situation politique sous la présidence de Lula pointant la cause des protestations.

Les conditions météo les obligent à prévoir une escale à Bahia, d’où les complications pour les voyageurs à destination de Rio.

Un coup de théâtre inopiné va bouleverser tous les plans personnel de chacun des otages et générer angoisse et inquiétude pour le personnel resté à terre.

L’irruption d’hommes armés, violents sema la panique, mais leurs menaces ont vite cloué au silence ceux qu’ils tenaient sous leur joug.

On suit l’invraisemblable errance de ce mini bus aux mains de leurs ravisseurs.

La disparition de René risque de déclencher une réaction expéditive.

Des affaires de cœur se greffent dont celles de Karine et Irembé et de Maud et Ėrico.

Françoise Lassalle décrypte en profondeur la relation prisonniers et geôlier pendant cette captivité. Comme deux des otages peuvent s’entretenir dans la langue de ces pirates, ils tentent de les apprivoiser, de comprendre leurs mobiles. Ceux-ci exposent leurs doléances, pointent la politique de Lula qui ne tient pas ses engagements, réclament d’être entendus. Ces militants pour la défense des terres pourront-ils convaincre de leurs droits et justifier la légitimité de leur action ?

N’auront-ils pas réussi à rallier à leur cause Érico, en qui il voyait un ennemi ?

Quel sera leur sort ? Quels peines encourues ? Les victimes seront-elles impartiales ?

Par ce fait divers, la romancière explore le syndrome de Stockholm, qu’Amélie Nothomb nomme ici le syndrome de Bahia.

Des affaires de cœur se greffent dont celle de Karine et Irembé.

La fin de leur captivité et des revendications des rebelles est célébrée par une joute musicale et poétique, proche du slam, improvisée par Irembé et le vaqueiro. Les strophes résument quelques instantanés, font allusion à cette attraction de « la Francesa » découvrant l’existence de Clarinda, la femme d’Irembé.

Le lecteur est introduit par Eva dans le cercle fermé de la cérémonie du « caudomblé »,qui génère un état de transe, extatique chez les initiés.

De leur côté, les autres membres de l’équipage se mobilisent pour alerter la police, pas des plus réactives. Le lecteur est alors tenu en haleine jusqu’au dénouement à Juazeiro, notre « corazón » battant par empathie aux péripéties stressantes des otages.

Soulagement pour tous après cette cavale mouvementée, riche en rebondissements.

Françoise Lassalle nous livre une galerie de portraits très fouillés et contrastés, l’équipage et passagers formant un microcosme hétérogène. Victor, l’adolescent adopté, en quête d’identité, qui éprouve le besoin d’un retour aux sources et s’y fond à merveille au point de vouloir rester tout comme Eva ; Claudio/Claudia le travelo ; Patrice, le steward inconsolable de la perte de son ami avec qui il avait prévu d’adopter un enfant ; René, le mari infidèle, qui s’en repent ; Ėrico , le séducteur.

L’auteur, spécialiste des civilisations de l’Amérique latine, nous donne un panorama de la culture brésilienne dans son roman ponctué de phrases en portugais, de poèmes. D’autre part, elle analyse avec profondeur le comportement des protagonistes et met en exergue leur façon de rebondir, de positiver, à la manière de Boris Cyrulnik.

Ils ont retrouvé un sens à leur vie, choisi d’aller à l’essentiel et atteint la sérénité.

Les épreuves les ont soudés et ont permis de débusquer les qualités humaines. Ils redécouvrent les valeurs d’entraide, d’amitié, de fraternité et de solidarité.

Françoise Lassalle signe un roman à la veine partiellement autobiographique, qui véhicule des leçons de vie, des promesses d’espérance quant à « transposition des eaux » du rio et laisse envisager une médiation constructive pour les paysans.

©Nadine Doyen

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