Séjours là, suivi de D’autres vies/Jean-Louis Massot ; dessins de Gérard Sendrey ; préface de Daniel Simon ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2013

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  • Séjours là, suivi de D’autres vies/Jean-Louis Massot ; dessins de Gérard Sendrey ; préface de Daniel Simon ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2013

Jean-Louis Massot, qui dirige par ailleurs depuis 1995 les éditions Les Carnets du dessert de Lune, évoque ici la figure du père disparu, la fuite du temps, la difficulté d’être mais aussi les joies simples d’ici ( j’aime les textes, les poèmes de Jean-Louis Massot pour cette raison simple, ils racontent notre histoire, ils parlent de notre embardée commune, de nos singuliers équipages, de nos îles si lointaines et jamais atteintes/Daniel Simon). Bref, il redessine les contours de la carte de nos « grandes solitudes » tout en célébrant autant qu’il peut la merveille d’être là !

Les après-midi il va pêcher/dans la rivière endormie/puise les mots/dans les pages d’un livre/qu’il a emporté au cas où/les poissons ne seraient/pas au rendez-vous

Dans ce recueil, Massot met également en question(avec un sens de la dérision que n’aurait pas renié Richard Brautigan) l’exclusion sociale qui gangrène nos sociétés ; mieux, il stigmatise les dérives d’un monde où tout ne reçoit une échelle de valeur qu’en fonction de son utilité(pourtant, c’est bien souvent ce qui ne sert à rien qui nous est le plus essentiel pour vivre !) ; d’une manière générale, on peut affirmer qu’il cherche à entretenir de nouveaux rapports avec le réel soumis aux lois de l’utilitaire et de la raison économique. C’est pourquoi, en tant qu’elle s’inscrit contre le formatage de la pensée et la réduction du monde à la dimension du raisonnable, la poésie de Jean-Louis Massot constitue sans nul doute un moyen de fondre l’espoir dans le désespoir ambiant… 

Dans ce poème/ que je t’adresse/tu trouveras les/meilleurs moments/passés avec toi/Ceux qui nous ont séparés/je les garde pour/une autre occasion

Avec la complicité de Gérard Sendrey dont les dessins « collent » parfaitement au texte, Massot nous fait don ici d’une poésie qui fait la part belle aux petits bonheurs de l’existence et pèse ses mots au moment de confondre l’inutile.

Son téléphone portable/collé à l’oreille droite/elle affiche un si lumineux sourire/malgré la froide pluie/de janvier/qu’à l’instant où il l’a croisée/il se serait bien métamorphosé/en clavier de portable/sur lequel elle aurait posé/des doigts qui doivent être/doux comme/une parole indienne

©Pierre Schroven

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