Jan Fabre, Gisants (Hommage à E.C Crosby et K.Z Lorenz), texte de Marie Darrieussecq, Editions Templon, 2013.

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  • Jan Fabre, Gisants (Hommage à E.C Crosby et K.Z Lorenz), texte de Marie Darrieussecq, Editions Templon, 2013.

Avec sa dernière exposition, Fabre crée des corps anatomiques voire scéniques en une vision mélancolique mais tout autant ironique. Ses « gisants » symbolisent l’expérience que l’artiste fait des choses et de la vie et de la mort dans un travail qui engage à la réinterprétation de l’héritage culturel tout en cherchant à contrarier son propos.

Fabre lave, débarbouillette les vanités en offrant plasticité vivante qui procure un plaisir d’émotions inédites et puissantes. Des courts circuits créés par l’artiste surgit un “ pluriel monstrueux ” (Novarina) à la fois violent, lucide et joyeux par effet d’altérations. Une telle approche refuse l’assujettissement aux images de communauté pour offrir une expérience inédite. Si on fait l’effort de les accepter on comprend combien elles appartiennent à l’ordre du savoir iconoclaste et du plaisir. Le cycle de la vie et de la mort est proposé sous forme de résurrection et de métamorphoses. Des énergies invisibles animent la fixité de la tombe.

Identique aux autres projets de l’artiste celui-ci peut être défini par ce que Beckett écrivait dans un de ses rares poèmes :

« Déchets de vie

déchets de vue

C’est ici qu’on te

Recycle ».

Dans un  travail qui fait jouer le crépuscule et l’aurore surgissent des moutonnements sourds, violents et drôles. Frôlant toujours le bord d’une débâcle, l’œuvre crée une reconstruction afin que se perforent les poches d’ombres et de silence. Emerge de ce travail aussi somptueux que farceur la plus haute des « musiques » : celle où il y a de la vie à proximité du silence sans fond.

Sous sa blancheur immaculée la vanité ne renie pas la présence vitale. Feuillages et oiseaux burinent et perturbent. Si bien que le corps ou ses organes sortent de sa blancheur nocturne par ce brouillage stratégique. Une euphorie change l’ordre de sidération de la fabulation admise. Si bien que chaque pièce devient un énigmatique objet de jouissance. On en tire un plaisir et un vertige par cette réinterprétation qui contrarie les réductions formalistes du genre.

©Jean-Paul GAVARD-PERRET

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