Rome Deguergue « …de par la Reine…marcher dans la couleur du temps. » Préface de Jehan Despert. Traduit en roumain par Horia Badescu. Editions de l’Atlantique. Collection Phoibos. (Luxe 57 pages.)

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  • Rome Deguergue « …de par la Reine…marcher dans la couleur du temps. » Préface de Jehan Despert. Traduit en roumain par Horia Badescu. Editions de l’Atlantique. Collection Phoibos. (Luxe 57 pages.)

Pluriel ou singulier, singulier et pluriel. Versailles !

Oser une fois encore se projeter dans le château de Versailles n’est certes pas une affaire anodine si l’on veut échapper aux clichés. Il faut être aveuglément amoureux pour se risquer encore à rivaliser ou à défier Versailles.

« Le soleil est sa devise et sept planètes signent

les pièces royales de leur illustre patronyme. »

Dans le sillage et à l’instar de ses pairs Rome Deguergue n’échappe pas à la règle, est-ce ce message, cet hymne à la beauté de la magie esthétique, ce rêve lapidaire qui conduisent notre poétesse sur les allées versaillaises ?

Ici les poèmes sont en effet miroir comme le symbolise si bien la photographie préliminaire que nous devons à l’objectif romantique de Yan Le Lohic.

Par le verbe peaufiné, enluminé, la visite commence avec un moulin planté aux quatre vents sur un écrin vert, rouge et or.

L’introduction nous situe dans une écriture descriptive, qui peu à peu nous invite à une ambiance se poétisant.

« Tandis que l’orgue réchauffe la mosaïque de marbres,

des notes baroques cisèlent les voûtes de couleurs. »

Révélateurs, les textes provoquent l’enchainement et nous ouvrent les portes secrètes de la fabuleuse intimité du château. Ils subtilisent au passage un sourire énigmatique à la Joconde avant d’aller prendre un « vert » avec l’ami Véronèse.

C’est un hommage à la couleur, aux révélations picturales des grands maîtres flamands, italiens, français, où est retracée l’histoire de la France guerrière, conquérante, emperruquée, séductrice, courtoise mais pourtant humaine, trop humaine.

Rome Deguergue, interroge ici le temps qui se reflète dans les grands miroirs qui retiennent toujours la mémoire du roi, de la reine et de quelques courtisanes. Notre amie ne peut se priver de nous inviter à quelques rêveries érotiques laissant filtrer d’intimes rumeurs d’alcôves.

« Amours et calomnies ! Amours et liaisons de la Reine ? »

Véritable visite guidée dans le sillage parfumée des fantômes de la reine et des maîtresses « officielles ».

Tout n’est que succession du titre du poème au texte, du texte aux lieux, cabinets, appartements, opéra, chapelle, galerie des glaces, petit et grand Trianon et tous ces systèmes ingénieux qui donnent un souffle de vie aux grands espaces des jardins du château.

Deux écritures, deux voix, le signifiant regard de l’attention, du narratif, du témoignage et le signifié, l’invitation ténue aux rêves en promesse, aux jeux clairs-obscurs, à l’intemporel, aux amours saupoudrées.

Rome Deguergue comme les peintres cligne des yeux afin de mieux discerner son sujet et s’en éblouir !

Et si par ses vers, elle voulait combler une absence, un vide de féerique, un jardin magique, et si elle voulait y retrouver ses rêves d’enfant ?

« …/… rêves en bleu céleste.

Jeux infinis de miroirs pour fêtes supra-extra-ordinaires. »

Par sa poésie Rome Deguergue ajoute sa pierre à l’édifice solaire, c’est son informel besoin d’amour.

©Michel Bénard

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