LA NOSTALGIE DU CARILLON de Virginie HOLAIND (éd. Maelström)

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  • LA NOSTALGIE DU CARILLON de Virginie HOLAIND (éd. Maelström)

Le joueur d’accordéon


Un homme et son accordéon. L’homme est un immigré à Bruxelles. Il chantait, il était dans la joie mais son chant ne lui rapportait rien. Pas assez. Un jour, un homme « aux yeux et visage étroits » lui fait don d’un instrument. Qui peu à peu lui vole le peu de ses souvenirs. Reste le carillon de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule qu’il écoute après s’être arrêté de jouer, le carillon qui retient sa mémoire de tomber dans l’oubli…


Un récit scandé par le rythme des mots, qui reviennent en boucle comme dans une chanson. « Dans la prose de la vie », les souvenirs en sont le refrain. Un texte à dire où l’accordéon figure l’interface entre l’homme et le monde. Qui, au gré de ses mouvements d’extension-contraction, prend l’air et le libère. Une fable à plusieurs entrées. Sur les affres du déracinement et la perte de repères, sur le déplacement des valeurs, sur les aléas de la mémoire et la conservation du temps… Une fable ouverte, aux multiples correspondances, qui donne lieu à plus d’une interprétation et dont la subtile musique se poursuit bien après la lecture.

Le joueur d’accordéon. Coupé de son passé et de son être, rendu sourd aux appels de la terre qu’il a quittée, l’accordéon sera l’instrument de sa perte. Seul le son du carillon le relie à un bruit qui fait sens pour lui, le relie à soi, le garde en éveil mais pour combien de temps, et ce mince fil, cette faible lueur suffiront-t-il ?… 


À noter l’excellente couverture de Joachim Regout qui en un dessin stylisé fusionne les éléments du récit, tels cet âne-accordéon dont le souvenir est porté par les sons et ce rouge de la couverture sur laquelle tombent les pièces.


Virginie Holaind possède un style et un univers qui donneront encore, on n’en doute pas, de nombreuses autres histoires fabuleuses.

©Eric ALLARD

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