Oxygène ou les chemins de Mortmandie, André-Marcel ADAMEK

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  • Oxygène ou les chemins de Mortmandie, André-Marcel ADAMEK, éditions Weyrich, collection Plumes du Coq, 2011.

Les éditions Weyrich ont eu la merveilleuse idée de publier le premier roman d’André-Marcel ADAMEK, Oxygène, publié en 1970.

L’auteur part d’un petit rien : un point de départ banal : pour les nombreux détenus que renferme la prison de Mortmandie, une seule visite annuelle y est autorisée. Tous ceux qui souhaitent s’y rendre « se mettent en chemin. Ça dure parfois dix jours. C’est une manière de pèlerinage. » A partir de là, Adamek nous crée toute une histoire, une fable intemporelle plutôt noire, mais avec ses sursauts d’humour. Il ne juge pas, mais émet des constats : tout être humain, quel qu’il soit, a le droit d’exister, d’avoir son propre jugement. Il s’insurge aussi contre toute forme d’emprisonnement, quelle que soit la manière dont elle opère ou d’où qu’elle vienne. Les gens qu’il décrit sont simples, pourraient paraître pauvres d’esprit, mais ils font preuve de tant d’humanité, de réserve, d’entraide… que le lecteur lui-même s’y perd et doit décider qui il soutient : à lui donc de prendre position.

Nous suivons pas à pas quatre de ces personnages hauts en couleurs, dont le but premier est de rejoindre Mortmandie, mais – en réalité – chacun d’eux est à la recherche de lui-même, de son propre oxygène, comme s’il recherchait un eldorado sans trésor à peine palpable, un sens à sa vie en quelque sorte. Cette notion de voyage est essentielle dans l’œuvre de l’auteur ; il faut chercher ailleurs, il faut aller à l’essentiel… et ne pas s’encombrer de détails. Le chemin des pèlerins est long et n’est pas sans péril, car semé d’embûches : il faut contourner certains villages où ils ne sont pas les bienvenus, car, pour ces gens-là (les villageois), les prisonniers n’ont que ce qu’ils méritent et ceux qui vont les voir ne valent pas mieux. Voici la description qu’en fait l’auteur : « Ils règnent en apaches sur leurs horizons déserts et se battent aussi bien qu’ils s’ennuient. » Bienheureux les pauvres d’esprit, bienheureux ceux qui ont une quête, qu’ils la réalisent ou pas, peu importe…

Il suffit de peu de choses pour faire pencher la balance pour ou contre soi ! « Quand vous pensez que l’amour ou la haine n’est qu’une question de cellules ou de capsules rénales, que dire d’un jugement rendu par l’homme ? »

Adamek, né en 1946, décédé en 2011, a fondé plusieurs imprimeries et maisons d’édition en Belgique. Il a publié romans et poèmes, qui ont été traduits dans le monde entier.

Le prix Rossel, en 1974, a couronné un autre de ses romans : Le fusil à pétales. Parmi ses nombreux ouvrages qui ont émerveillé les lecteurs, je vous invite particulièrement à lire ou à relire : Un imbécile au soleil ; La couleur des abeilles ; La grande nuit

Il faut absolument connaître l’œuvre d’Adamek. Tous ses livres sont tout simplement fabuleux.

©Patrice BRENO

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