Catherine Lépront – L’Anglaise

  • Catherine LéprontL’Anglaise

 

Catherine Lépront est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, romans, nouvelles, essais, théâtre… En 1992, elle a obtenu le Prix Goncourt de la nouvelle pour son livre Trois gardiennes puis, en 1997, le Grand Prix Thyde Monnier de la SGDL pour l’ensemble de son œuvre, à l’occasion de la publication de Namokel. En 2003, elle a remporté le Prix Charles Exbrayat. Elle est aussi conseillère littéraire chez Gallimard. Eprise de musique et peintre à ses heures, elle a consacré deux essais à la peinture, l’un sur Caspar Friedrich et le suivant sur Ingres.

L’Anglaise, son nouveau roman, paru le 5 janvier 2012 aux Editions du Seuil, a pour cadre le bord de la mer, à St M., sans doute en Normandie là où les falaises sont rongées par l’inlassable érosion maritime.

Elisabeth H., octogénaire d’origine russe, ancienne résistante, son fils, Emile, sexagénaire célibataire, ses cinq demi-sœurs (issues de trois maris) dont Agnès, vieille fille, sont rassemblés dans une ancienne demeure baptisée « la datcha », au charme tchekhovien, désuet et exotique ; ils appartiennent à une sorte de caste, « quelque petite noblesse de plage, d’un hétéroclisme fantaisiste ». N’oublions pas la présence fréquente de Léonore, une voisine adolescente qui les effarouche par ses activités saugrenues, elle est spécialiste des bains de lumière, « attendant que la lumière soit assez oblique et la surface de l’eau assez scintillante pour aller se baigner » ; c’était le soir tard durant l’été… ou bien malgré le froid… ou encore sous la pluie !… Toutefois, à la datcha, la vie s’écoule plutôt paisiblement.

Cependant, de temps à autre, une « Anglaise » (plus exactement une voix féminine à l’accent anglais) téléphonait à Emile, ce qui intriguait beaucoup son entourage ! Un jour, il déclare qu’il a invité « l’Anglaise » à passer quelques jours dans la datcha « ce qui produit l’effet d’une bombe »… Et toute la famille de fantasmer sur cette femme mystérieuse. Je vous laisse le plaisir de découvrir le dénouement…

Dans ce roman, les émotions des personnages s’entrecroisent avec le paysage marin allant jusqu’à faire partie intégrante de lui. Construit avec art, le texte de Catherine Lépront décrit simultanément la nature, les états d’âme et l’influence du lieu de vie sur le destin des hommes. L’Anglaise  se distingue par une écriture originale, aux accents proustiens, poétique, musicale et dansante. Du suspense et de l’émotion dans ce beau roman très vivant et divertissant.

Extrait :

« La mer avait commencé de baisser et dégagé une étroite bande de sable, sur laquelle la démarche de Léonore s’est faite à peine moins gauche. Elle a laissé tomber la serviette qui a voleté une fraction de seconde et ainsi, suspendue par le vent, a évoqué un tapis magique. Le corps maigre et longiligne de l’adolescente est apparu en ombre chinoise dans le contre-jour et, comme elle avait libéré ses cheveux crépus, organisés en corolle autour de sa tête, elle a donné l’illusion fugitive qu’avait subitement poussé au bord de l’eau une fleur étrange et gigantesque et destinée à ne pas durer, aussi éphémère qu’une fleur du désert d’Atacama »

Catherine Lépront. 

©Yvette BIERRY

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