L’essence du corps, Olivier Bidchiren

 

  • L’essence du corps, Olivier Bidchiren. Poésie, avril 2012. Editions Kirographaires. (14,45€)

 

Dès le début du romantisme, les poètes ont évoqué l’indifférence de l’univers devant leurs passions :

« Éternité, néant, passé, sombres abîmes,

que faites-vous des jours que vous engloutissez? »

Aux prises avec cette immensité implacable, dans un sursaut pathétique, ils n’ont pu qu’implorer – en vain – la divinité : « Ô temps! Suspends ton vol… »

Le poète aujourd’hui, devenu « voyant » à la suite de Rimbaud, « délivré de son corps pesant », voit la réalité transfigurée dès son apparition. Comme Lamartine, il implore à son tour « la divinité d’outre-temps », mais cette fois « elle lui redonne la puissance de tenir dans ses paumes magnétiques, l’épée qui forge des civilisations et qui enfante des étoiles ». C’est « l’amour qui colonise cette terre par des comètes ».

La femme dont « le visage abreuve les rêves du poète » devient « une danseuse de parfum », « une féerique fresque onduleuse », « une papillonnante sensation, comme une fusée dansante entre les étoiles ». « Elle vogue dans la galaxie de son sourire », pour atteindre une purification lumineuse, dans l’harmonie du cosmos.

C’est la révélation d’un autre monde, inconnu, ardent, mystérieux, fascinant. C’est une extase, que le langage habituel ne saurait exprimer. Il faut des vers, des rimes, des strophes, une cadence obsédante, des rythmes de symphonie, mais aussi des mots nouveaux, des phrases disloquées, un courant, un tourbillon. « Un ouragan déferle sur les songes du poète ». A genoux, il implore « la divinité d’outre-temps, la divinité d’outre-monde ».

Et le temps s’efface. Et le monde n’a plus de limites.

Le poète atteint « la signification universelle ». Alors, « l’essence du corps » s’épanouit au pays des rêves sans fin, au pays de l’amour.

Olivier Bidchiren nous laisse entrevoir une part de cet infini.

Michel Rebetez

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