Tom HENGEN, Explorations in C

 

  • Tom HENGEN, Explorations in C, Phi, 2012; 64 pages, 15 €

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Une première chez Phi: un recueil de poèmes entièrement écrit en anglais par le poète luxembourgeois Tom Hengen, par ailleurs professeur à Esch-sur-Alzette.

Depuis longtemps, les éditions Phi ont développé une collection en langue allemande. Cette fois, c’est en anglais pourtant que Tom Hengen donne un recueil. Il est vrai qu’il a étudié cette langue à l’université d’Aberystwyth, au Pays de Galles. En l’espèce, ses Explorations en C (Explorations en do) font allusion à la notation musicale en vogue en Angleterre et en Allemagne : « The dusky blues is played in C in the desolate kingdom » (le sombre blues interprété en do dans le royaume désolé).

Scènes nocturnes, personnages masqués, transfigurations parfois…, le poète lui-même ne se compare-t-il pas à une tortue? Une tortue qui aurait passé ses meilleures heures au milieu de l’océan en compagnie des dauphins et des baleines et qui reviendrait maintenant pondre ses œufs sur la plage. Une forme d’espoir qui, hélas, tourne court en fin de compte : « but I found my birthplace / had been stolen » (mais j’ai constaté que mon lieu de naissance avait été saccagé)

Parfois, l’écriture s’amuse, se transforme en calligramme, use de tous les arcanes de la poésie poétique, tangue de l’allitération à la paronomase, en passant par le slam ou le « spoken-word ». C’est qu’il s’agit de dire la difficulté à parler, à trouver ses mots dans une langue parfois heurtée, parfois construite sur des répétitions qui confinent à la glossolalie, un peu comme si elle ne pouvait échapper à certaines réalités échafaudées avec prégnance quand on n’explore pas aussi avec délectations les sons – celui du tambour, par exemple : « tickle dipple / dinner for a nickel / du drum daladum » (guili-guili / dîner pour un sou / boum boum badaboum).

A l’occasion, des visions plus extraordinaires (« I beg you / take me aboard / and jump from one star / to the next » – je demande que tu mes prennes à ton bord et que je saute d’une étoile à l’autre) ramènent vers la nature qui s’impose à ce qui est presque déjà considéré comme une civilisation disparue. En ce sens, on ne s’étonnera pas d’entendre dans une sorte de chambre d’écho des récits anciens ni d’entendre des textes reliés aux rêves qui mesurent « the gapes between / life and death » (les fossés entre la vie et la mort) ou aux masques qui tombent pour, finalement, mieux se remettre en place quand le chasseur devient le chassé. Est-ce un hasard aussi si l’auteur s’adresse un moment à la folie, aux chants de chaman ou s’il joue sur les symboles et les correspondances ?

Un beau champ à explorer et à parcourir en tous sens.

◊Paul MATHIEU

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