Berlinde De Bruyckere, Romeu my deer, Photographs by Mirjam Devriendt, texte de Caroline Lamarche, Hauser & Wirth, Londres, 2012

 

  • Berlinde De Bruyckere,  Romeu my deer, Photographs by Mirjam Devriendt, texte de Caroline Lamarche, Hauser & Wirth, Londres, 2012.

Née à Gand en 1964, depuis sa première exposition au milieu des années 80, Berlinde de Bruyckere est régulièrement exposée dans le monde entier. Elle a fait récemment sensation en Australie avec We are all Flesh (Australian Centre for Contemporary Art, Melbourne) et avec The Wound (Arter, Istanbul). Son travail est très inspiré par les créateurs baroques, qu’ils soient peintres, cinéastes (Pasolini en tête) ou poètes.

Connue pour ses représentations à travers des pièces hybrides aux qualités inhérente à l’être humain – fragilité, vulnérabilité, imperfections – Berlinde de Bruyckere met en scène ces thèmes universels dans un art métaphorique très contemporain. Il combine la sensibilité de la beauté poétique avec une forme de réalisme brutal. C’est pourquoi ces dernières années, Runa, le cerf, a été à la base de plusieurs sculptures et dessins importants de l’artiste.

A l’origine du livre Romeu my deer, il y a une sculpture en extérieur installée dans le Southwood Garden de Londres en collaboration avec la St. James’s Church. Cette œuvre est présentée du 5 septembre à la fin décembre 2012. Dominé par la flèche de l’église, un cerf se trouve sur un bloc en pierre dans une mise en scène des plus sobre au sein du jardin.

L’image du cerf permet le mixage faussement rococo de l’animal et de l’humain. L’artiste reprend soigneusement l’anatomie de son sujet mais en même temps la déforme et la « dégonfle » dans la combinatoire de plusieurs matériaux nouveaux chez l’artiste : le plomb, le bronze et l’étain, des matières qui souligne avec leur densité les thématiques que Berlinde de Bruyckere aborde avec gravité.

Il y à là tout un jeu de la mort, une lutte aussi entre les esprits négateurs et d’autres plus vivants. Une nouvelle fois l’artiste donne une vision profonde d’une création qui paradoxalement par le beau et la matière semble dire qu’il n’y a rien : pas d’être, pas de création sinon de la mort. Mais pour autant il n’y a pas de néant puisque l’artiste le métamorphose dans la majesté des arts de représentation poussés à l’extrême violence et beauté en une parfaite rigueur.

Certains y voient la vanité des vanités à quoi l’artiste répond qu’il ne faut jamais séparer ses œuvres du contexte : Londres dans le cas présent. Dans la ville la statue semble naïve et insolente à la fois. Elle bouscule les idées reçues sur le sens de la statuaire jusqu’au statut même de l’animal et de l’être dont les atrocités deviennent métaphoriques à travers le Cerf. L’animal dit-on pleure et il est laissé à l’abandon. Berlinde de Bruyckere paradoxalement porte le coup de grâce à une culture à l’agonie, elle n’en précipite pas seulement la fin, elle veut y voir un recommencement là où ce ne serait plus seulement les violents qui l’emportent. Elle n’a pas qu’un cadavre sur les bras mais l’avenir devant elle.

◊Jean-Paul GAVARD-PERRET

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