« Le temps des hommes, de la révolte à l’espérance. » Vital Heurtebize

Vital Heurtebize

  • Vital Heurtebize « Le temps des hommes, de la révolte à l’espérance. » Editions de la Nouvelle Pléiade – 2011- (63 pages – format 20.5×14)

La poésie est un symbole de résistance et de révélation, et ce n’est pas nécessairement le dernier mot qui lui convient le mieux, mais à bien y réfléchir, le premier !

Dans ce dernier recueil le ton est donné le poète Vital Heurtebize habille ici son verbe du rythme de la fonction sociale, de la nécessité humaniste.

Jamais Vital Heurtebize n’a dissocié le spirituel conduisant l’homme vers son élévation la plus subtile, de la fonction sociale réanimant le flambeau de la voie humaine, de l’humanisme caritatif et altruiste.

« …/…pratiquons notre foi selon le même rite,

Le seul qui puisse nous unir : celui du cœur ! »

Il s’avère toujours nécessaire de demeurer attentif, de veiller aux créneaux de notre conscience, afin de repousser tous risques de retour des despotismes d’états ou religieux, lourdes menaces planant sur notre société.

Vital Heurtebize se fait militant contre toutes les injustices, les dangers de l’ignorance aveugle et superstitieuse. Il fait symboliquement rappel à la signification profonde de l’image que devrait donner Jérusalem, ville où tous les peuples, toutes les religions, tous les libres penseurs, agnostiques ou athées devraient trouver le chemin de l’unité, de la réunification par l’échange, la compréhension et le partage. Il nous convie à apprendre à nous méfier de toutes formes fanatiques, intégristes, sectaires, preuves très significatives d’un retour vers l’archaïsme en particulier s’il se défend et justifie son appartenance à une mouvance « déiste ». Jamais « dieu » pour autant qu’il puisse exister n’a jamais dispensé de paroles de haine, d’intolérance, moins encore d’encouragement à l’éradication pure et simple de ceux qui pensent différemment d’une quelconque dogmatique. La mémoire serait-elle aussi courte ?

« Cesse de prendre Dieu pour témoin de tes crimes

et de te réclamer de Lui dans tes combats ! »

L’intention de Vital Heurtebize au travers de son langage, se veut non directive, ni didactique, non, tout au plus dialectique, il nous faut y voir comme une sorte de code pour notre propre bonne conduite.

La révolte, l’humiliation sont portées en leurs apogées lorsqu’il s’agit plus particulièrement de l’outrage des enfants par des monstres trainant dans la fange l’image même de l’homme, ou plutôt de ce nous aimerions qu’il soit.

Vital Heurtebize dénonce tous les bas commerces sexuels, les trafics d’organes et autres dérives sur les enfants. Hélas les vermines coupables de ces actes inqualifiables et dignes de la potence sont pléthores.

« …/…je n’éprouve que honte pour l’homme et ne vois

que ce geste éperdu d’un enfant qui veut vivre ! »

Ici Vital Heurtebize brosse l’effroyable tableau de toute la dramaturgie humaine, qu’il côtoya plusieurs années au cours de ses séjours prolongés en Afrique comme ambassadeur actif et reconnu de Poètes sans Frontières pour le Burkina-Faso.

Nous y trouvons aussi la délivrance de celui qui part et du drame de celui ou celle qui restent ! La mort poursuit froidement et indistinctement son office. Peut-être pouvons-nous y pressentir une sorte d’éloge funèbre sur la dépouille de notre monde.

« …/…et, presqu’en s’excusant d’avoir osé survivre,

levait ses grands yeux clairs sous ses beaux cheveux blancs… »

Dans ce recueil, même si le fond contient une autre mesure, Vital Heurtebize reste fidèle à la forme par son rythme bien marqué et à sa cadence martelée. Notre poète marche au rythme de sa révolte, rythme d’ailleurs qui s’imprime dans la musicalité de ses vers.

Personnellement si j’évoque Montmartre, il me vient à l’esprit en premier lieu, l’histoire des peintres, des artistes, des poètes, d’une certaine bohême chère à Murger, mais chez Vital Heurtebize ce qui est tout à fait significatif, ce sont déjà les cris et les rumeurs de la Commune qui prédominent, les paroles de Clément ou celles de Potier sur fond de « temps des cerises. »

« …/…j’ai ressenti l’élan de révolte et d’espoir

qui poussa la Commune à reprendre la lutte… »

Comment ne pas être touché par ce beau texte « Déclaration de guerre » lorsque que l’on est du pays des batailles de la Marne, du chemin des Dames, de la Somme, de Verdun et d’avoir eu un grand-père dragon qui fût de tous les combats, les abominables massacres devrais-je dire pour les deux camps. Pourtant ils partirent tous la fleur au fusil, pour la der des ders ! Des millions de morts inutiles, de blessés, de mutilés, des destins broyés pour des patries vampires de leurs fils. Absurdité de ces champs d’horreur ! Monuments érigés pour des généraux assassins.

« Car ils sont déjà morts, ces fils de la Patrie !…

dix fois, vingt fois, cent fois ! Et leur carne pourrie

se mélange à la boue en de puants magmas,…/… »

Vital Heurtebize lui aussi en fait son combat, sa tranchée des baïonnettes, sa zone rouge, pour que l’on ne voit plus jamais ça !

Mais même au plus profond de l’effroi, la floraison d’une espérance s’avère toujours possible.

Il semble inconcevable que les peuples demeurent indéfiniment serviles, ployés sous le joug des totalitarismes politiques ou des pseudo-religions réductrice autant qu’aliénantes. Il est temps de rompre les chaines pour sortir du mensonge.

Cette compilation de poèmes de Vital Heurtebize porte l’essence même d’un engagement humain, d’un argument pacifiste par la poésie qui peut-être pourra aux pires heures contribuer au salut de l’humanité.

Utopie ? Peut-être pas ! Tous les systèmes politiques, financiers, religieux témoignent plus que jamais, d’une magistrale usurpation, corruption, d’une haute trahison contre toutes les générations depuis l’aube de l’histoire, d’un constat d’échec !

Chez Vital Heurtebize le mot est juste et précis, il atteint sa cible, touchant là, juste au point sensible, qu’il plaise ou déplaise, il en est ainsi ! Une parole, un verbe très engagés, dont la teneur se voudrait salvatrice, bienfaitrice, sorte d’onguent pour le cœur et l’âme.

Ambiguïté du paradoxe, il s’insurge contre les laideurs humaines du monde, tout en en glorifiant sa grandeur et sa beauté !

« …/…j’en combats la misère et j’en porte la croix.

Je célèbre pourtant sa beauté dans mes vers….

C’est parce qu’il est beau plus que tu ne le crois. »

Tout est là, Vital Heurtebize l’a très bien compris, toute apparition de lumière engendre inévitablement sa part d’ombre, d’où cette perpétuelle alternance dont le poète est bien obligé de s’accommoder.

Le poète Vital Heurtebize, s’interroge et l’on retrouve entre ses lignes les mêmes fréquences qui ont fait vibrer avant lui les poètes de la sagesse tels Tukârâm, Milarepa, Novalis, Tagore etc.… les pigments disposées sur la palette sont les mêmes, seuls varient les dosages, les préparations, les mélanges.

Par nécessité à vouloir conjurer l’ignorance il se fait iconoclaste en maintenant la confiance et l’étonnement et agit en sorte que la poésie devienne visible.

« …/… il est temps de brûler nos anciennes icônes…/… »

◊Michel Bénard

Lauréat de l’Académie française, Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.

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