LES LIEUX INFREQUENTABLES

« Comment aurais-je pu revenir à des lieux plus fréquentables ? »

 Robert Alexis, Les contes d’Orsanne, José Corti Editeur, Paris.

 

Une fois partie une de ses anciennes héroïnes (Orane) voici Robert Alexis de retour avec « Les contes » d’une autre « fée »: Orsanne. En 3 contes – ou 3 temps – se développe une descente en spirale. Elle ouvre à l’exploration du temps, des lieux, du mental et du corps en proie aux frénésies d’une sorte d’altération de l’être. Est-elle guérissable ? Certainement non. Pas plus dans ces contes que dans les autres fictions de l’écrivain secret. Ses danses au bord de l’abîme et l’exploration de l’inconscient suivent leur cours.

Dans un style classique mais dur, sans condescendance tout navigue entre la netteté et le mystère. Et une nouvelle fois l’amour est aliéné aux tortures. Elles le conditionnent dans cette tension du corps et de l’âme au sein d’une sexualité qui domine même lorsqu’elle ne semble que sous-jacente. Bref, la bête est là. Qu’il y ait ou non de Gévaudan. Le chaos des origines aussi. Une nouvelle fois le lecteur assiste à une descente aux enfers que l’auteur en Démon mène à sa main (de maître sadien).

Robert Alexis se retrouve tel l’Explorateur des « Figures » qui disait « Explorez avec moi, et voyez par vous-même ensuite, l’expérience pour chacun ne peut donner les même fruits même si chaque être mûrit aux branches d’un même arbre. » Alexis en conteur philosophe excite la bête qui sommeille.  La Bête est la belle. Tant pis si le mâle refuse de le comprendre. La première est trop humaine et le second pas assez.

Le narrateur jette autant dans le plaisir que dans l’inconfort, les délices que la cruauté. Sa Orsanne n’est dupe ni d’elle-même, ni des hommes : « On ne sait jamais trop si l’on choisit d’être seul ou si quelque chose en nous pousse les autres à s’éloigner, peut-être la gêne que fait naître notre présence, ou mieux encore une menace… ». Mais à elle comme aux autres la vie tient à ce qu’il y a dans les rapports humains d’infréquentables ? ». Et si dans La Robe, le personnage du sexologue, Magnus Herchfeld, vouait ses recherches aux déviances et à la perversion comme le faisait aussi le médecin aliéniste des « Figures » ici, l’aliénation n’est plus à disséquer.

Reste le problème centrale de l’identité qui est pour Alexis jamais une mais multiple. Dans ses précédentes fictions les héros tendaient de s’y soustraire. Ici à l’inverse, Orsanne l’accepte, en joue même avec au sein d’un réel lui-même démultiplié.  Plus question de vivre en socialisation, de se vouloir honnête femme  comme il y a un honnête homme. Les couples fonctionnent à blanc comme le souligne Orsanne « lui toujours encombré de tâches à accomplir, en cuisine, en forêt, dans toutes les remises et dépendances que son entreprise infatigable avait permis de remettre en état ; moi, d’une façon plus frivole, passant mes journées à siroter des liqueurs sur la terrasse ou à fumer, curieux de ce que ce coin de nature proposait, sans pour autant rompre avec une tenace mélancolie ».

 « Les contes d’Orianne » restent protéiformes et sans genres. Orsanne elle-même semble une poupée russe dont il faut aller chercher les « pièces » dans divers « tiroirs ». C’est en ce sens qu’une telle lecture est excitante. Laissant aux autres la psychologie, la sociologie, le social et le sociétal, l’auteur ne s’intéresse qu’à un seul noyau :  « J’ai suffisamment fréquenté l’humanité, y compris dans ce qu’elle de moins avouable, pour ne plus m’intéresser qu’à ce que nous avons tous en commun. Un insecte croisé sur le chemin, un nuage qui passe, me parlent davantage que les particularités de mes congénères dans la nasse ».

◊Jean-Paul GAVARD-PERRET

 

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2 commentaires sur “LES LIEUX INFREQUENTABLES

    1. Moi non plus, je viens d’inventer un nouveau nom. Je vais réfléchir à lui trouver une nouvelle signification. En attendant par respect pour l’auteur de ce billet, je présente mes excuses. J’ai corrigé. Merci cher lecteur attentif.

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