André Breton Persiste

  • André Breton Persiste, Cahier Collectif avec des textes d’André Breton, Jacques Kober, Pierre Schroven, Antoine Colavolpe, Pierre Grouix, Cécile Mainardi, J-M Robert et Daniel Leuwers. Editions de la revue « Remue-Méninges ».

André Breton, 1923
Kober offre une nouvelle chance de « sur-vie » à l’œuvre de Breton en faisant taire les à-priori ou les médisances sans pour autant offrir un ensemble hagiographique(en témoigne les textes de Breton lui-même présentés ici).

Le responsable de ce Cahier et ceux qu’il a réuni permettent de garder vivante une trace insidieusement érosive mais débarrassée de tout remugles spécieux. D’un côté les textes appellent à perpétuer l’inscription de Breton dans l’histoire littéraire, de l’autre ils éliment certaines griffures et lacérations mémorielles.

L’auteur illustre comment la vraie poésie oblige à marcher dans les couleurs en sentant ce qui manque à la vie. Marcher sur une terre démesurée sans penser à demain. Il prouve comment Breton sut suivre les étendues inédites, leurs mouvements d’utopie. L’inconnu laisse sa trace. Le poète a écrit « le seul poème pour faire pencher la terre » du côté où on ne peut rien savoir. Fièvre joyeuse. Il a montré avec délice la lumière, l’amour, le hasard, il apprend à s’en émerveiller.

Reste la mise en lumière de ce qui nous échappe et des courants parasites qui annihilent à force. Comme Kober le souligne, la poésie de Breton « n’est pas un dérivatif, un repos ». Elle permet de se recommencer loin des « puits de solitude ». Les corps ne sont plus des machines. Ils vont retrouver leur combustion intime, source d’énergie « au sens physique ».

Ils vont vers l’ouverture même si l’aube est encore livide. Ils peuvent habiter les forces brutes et coloniser leur mystère « comme les arbres le ciel ». Déjà « la pluie s’enflamme », l’émotion si profonde peut faire quitter la non-vie blanche et allusive.

Kober,Schroven  et les autres retrouvent la présence et la réalité de Breton, loin de ce qui corrode et émiette l’étendue de ses œuvres. Se retrouve leur force d’évidence à travers des textes incisifs et sans appel. Ils réarticulent l’homme et l’œuvre dans leur lisibilité compréhensible. Faisant écho aux textes de Breton les mots des poètes réunis par Kober sont parfois poignants et toujours effervescents, tout en demeurant imprégnés de la réalité de l’auteur de Nadja montré tel qu’il fut.

L’exercice s’élève face à des formes d’oblitération pour stimuler le retour au maître surréaliste. Kober poursuit ainsi le travail qu’il a entrepris depuis longtemps. Les textes présentés n’ont rien d’une masse confuse. Ils ne cherchent pas le marouflage mais concentrent leur énergie sur l’essentiel. C’est pourquoi un tel ensemble est un exercice nécessaire sur celui qui demeure « à la fois proche et étranger ».

Chaque texte retenu joue avec ou contre le temps qu’il clôt et ouvre à la fois. En cela chacun « creuse » en une sorte de bilan d’une épopée que certains voudraient peu glorieuse. Il en existe de bien pires pourtant et peu d’aussi lumineuses. La poésie de Breton ne fut en effet qu’écart, écartement, rupture-mais vitale cette rupture à l’épreuve du temps.

Le corpus se fond avec la substance même du sujet qu’il appréhende. Surgit un défilé d’impressions qui n’ont rien de fugitives. Elles imposent leur pertinence et désarment certaines mémoires flottantes ou assommées par l’autorité du poète et de son œuvre qui sortent grandies de ces travaux de redressement, de reconnaissance. Chaque témoignage s’impose donc comme un événement impromptu mais décisif. Il participe à une expérience limite de la poésie aimantée par le vertige.

□  Jean-Paul Gavard-Perret

© COPYRIGHT 2012 – Tous droits réservés

Publicités